Quand les citoyens transforment leur ville – La puissance du crowdsourcing

Ce grand angle, traduit depuis le blog Mobility & Trends, fait partie du triptyque dédié aux innovations urbaines initiées par les citoyens.

Nous nous intéresserons ici au crowdsourcing comme un outil puissant qui redonne la possibilité aux citoyens d’améliorer la qualité des transports et des espaces publics.

La compréhension d’une ville ne se limite plus à son enveloppe physique. La data devient une clé de compréhension des villes pour résoudre les problèmes sous-jacents qui affectent la mobilité comme l’aménagement urbain. Mais les réseaux intelligents ne sont pas les seuls récepteurs et émetteurs de la data ; les citoyens peuvent aussi produire des données précises en partageant leur expérience de la ville. Les projets de crowdsourcing ici présentés incitent les résidents à participer à la création de villes plus inclusives et sécurisées. Ils font partie d’un mouvement plus large visant à instituer davantage de participation citoyenne dans la communauté.

Le crowdsourcing citoyen pour une mobilité plus inclusive

Il existe de plus en plus de projets recourant au crowdsourcing pour sécuriser les rues. A Oslo, Vibeke Rørholt a créé The Traffic Agent (ou « agent de circulation »), une application donnant la possibilité à des enfants de rapporter les éléments considérés comme peu sûrs lorsqu’ils traversent la rue.

A Londres, c’est l’application The London Cyclist Campaign qui s’est donnée pour mission de rendre la pratique du vélo moins dangereuse. Environ 500 cyclistes ont équipé leur guidon d’un bouton qu’ils pouvaient presser lorsqu’ils se sentaient en danger pendant leur trajet. Connecté à l’application installée dans leur smartphone, l’objet connecté transfère la localisation précise sur une carte publique. L’information était également envoyée par mail aux autorités publiques pour les sensibiliser aux dangers de la pratique du vélo dans Londres.

En une semaine seulement, les participants ont identifié plus de 1000 emplacements perçus comme dangereux sur la carte partagée. 

Le crowdsourcing comme outil pour arbitrer des politiques urbaines

Le crowdsourcing des données et des idées est un moyen très utile pour réinventer l’espace public en partant des besoins des habitants. 

Connu pour ses concours de crowdsourcing, Boston (Massachussetts) a reconduit l’expérience dans son projet de réaménagement de la place de l’Hôtel de Ville. Grande place publique déserte le plus clair du temps, les élus sont bien décidés à en faire une place vivante en s’inspirant des suggestions exprimées par les habitants avec le hashtag #CityHallPlaza. La vaste stratégie de communication sur les enjeux de ce crowdsourcing permettra sûrement de collecter un grand nombre d’idées pour ré-imaginer cette place clé.

L’approche participative est souvent préférée par les municipalités voulant améliorer leur réseau de transports publics. A San Francisco, le projet Subway Vision organise avec ses habitants la future extension du réseau souterrain. CollectSF a invité la population à soumettre leurs suggestions concernant le tracé des futures lignes. Les données collectées seront utilisées par les autorités locales dans leur choix final pour coller au mieux aux attentes des utilisateurs. 

Et si le crowdsourcing était un exercice ludique ?

Cette collecte des données peut être perçue comme une démarche d’initiés réservée aux ingénieurs et autres fins scientifiques. Pour pallier ce sentiment, les villes favorisent le développement de plateformes ludiques pour encourager un maximum de personnes à partager leur avis sur les aménagements et services urbains.

Le réseau de bus de Mexico figure parmi les plus étendus, mais aussi les plus désordonnés, à tel point que personne ne connait la trajectoire réelle des bus. Pour résoudre ce problème de manque d’informations, une équipe composée de membres d’ONG et de la municipalité a créé l’application de participation citoyenne Mapaton CDMX.

Les participants gagnent des points en voyageant en peseros – le nom mexicain des minibus collectifs – et en partageant leurs données GPS durant le trajet. Les utilisateurs jouent le jeu pour gagner des cadeaux tout en nourrissant la base de données, permettant ainsi la création d’une carte précise du système de transport en commun. Grâce à ce mapathon, environ 2 632 trajets ont été cartographiés dans toute la ville.