A quoi ressemblera l’habitat de demain ?

Si les yeux sont les fenêtres de l’âme, la maison serait-elle la fenêtre révélatrice de nos modes de vie ?
En France, il y a 50 ans encore, la maison était considérée comme un patrimoine familial : elle était construite par une génération pour être ensuite transmise aux descendants. La situation actuelle raconte une toute autre histoire : entre 2009 et 2013, un ménage sur trois aurait déménagé au moins une fois selon l’INSEE. Mobilité, prise de conscience écologique, contrôle de sa consommation, les reconfigurations de l’habitat reflètent ainsi de nouvelles habitudes et de nouveaux modes de vie.

La maison de brique disparaîtra-t-elle bientôt du paysage urbain et rural ?

Par souci de coût, de temps, mais également d’impact environnemental, les nouvelles résidences font de plus en plus appel à des techniques et des matériaux moins conventionnels. Le bois fait ainsi son retour : moins polluant que le béton et très bon isolant, il est au cœur de plusieurs projets, et des maisons intégralement construites en bois fleurissent un peu partout dans le monde. Des entreprises travaillent à le rendre plus performant, comme la start-up française Woodoo qui travaille à renforcer le bois au niveau moléculaire. Ce bois modifié permettrait à terme la construction d’édifices plus élevés et une meilleure résistance au feu.

Et si le bois est un matériau ancien, de nouvelles manières de construire arrivent sur le marché. C’est le cas des maisons construites avec la technologie de l’impression en 3D. Les premières ont vu le jour en Chine, et le premier logement social de ce type a été monté en septembre dernier à Nantes par l’entreprise BatiPrint3D, en partenariat avec l’Université de Nantes. A ce jour, seuls les murs peuvent être construits avec ce procédé à partir de béton et de polyuréthane. Quel est l’intérêt au-delà de la prouesse technologique ? La construction en impression 3D ne prend que quelques jours là où un chantier classique prend plusieurs semaines et implique des investissements plus coûteux.

Par ailleurs, la reconfiguration des habitats passent par de nouvelles formes pour répondre à nos besoins et mieux s’insérer dans l’environnement. La ville de Guilers en Bretagne accueille ainsi des résidences en forme d’ellipse : cette originalité architecturale permet d’aménager une zone humide du territoire en assurant aux résidents intimité et protection contre le vent et les éléments climatiques (pour ne pas citer la pluie bretonne). Matériaux écologiques et formes futuristes : nos résidences changeront-elles le paysage urbain de demain ?

L’habitat se conçoit en mode collaboratif

Derrière la reconfiguration de l’habitat se dessine de nouveaux quotidiens. Et si nous pouvions supprimer l’anonymat et la solitude en ville, tout en favorisant l’accès aux logements pour tous ? Le principe du Community Land Trust est ainsi né aux Etats-Unis pour répondre au problème de l’accès à la propriété : il permet à une communauté d’individus de posséder juridiquement une propriété. L’accès au logement est repensé sur un mode de partage, luttant à la fois contre l’exclusion et contre la spéculation financière.

En France, on retrouve cette tendance dans les Organismes Fonciers Solidaires, ou « habitats participatifs », reconnus par la loi ALUR 2014 comme des « démarche[s] citoyenne[s] qui permet[tent] à des personnes physiques de s'associer, […] afin de participer à la définition et à la conception de leurs logements et des espaces destinés à un usage commun ». L’association Coordin’Actions dénombre près de 500 projets plus ou moins aboutis en France !

Si l’argument financier reste important, c’est avant tout l’argument social qui motive ces projets. Pour les habitants de la résidence Chamarel-Les Barges, co-conçue par une communauté de retraités à Vaulx-en-Velin, il s’agissait de créer entre amis un lieu de vie intergénérationnel. L’habitat participatif propose ainsi des espaces de vie commune, où chacun peut se retrouver pour jardiner, se divertir, cuisiner, bricoler... Plus qu’une nouvelle vision de l’habitat, c’est une approche différente de la vie en communauté qui est recherchée. La résidence « La Verderie » à Lons, dans la périphérie de Pau, fait par exemple signer à tous ses résidents une charte de « voisinage convivial et participatif », et gare à celui qui osera vouvoyer son voisin !

Prendre position avec sa maison

La philosophie contemporaine minimaliste prône la recherche d’un bonheur avec le moins d’attachement matériel possible. Sans pour autant adhérer à cette mouvance, des citoyens du monde entier revendiquent un retour à l’essentiel en se séparant du superflu. Cela passe ainsi par leur lieu de résidence, minimaliste et même mobile. La « tiny house », ou maison minuscule dans l’Hexagone, est ainsi née aux Etats-Unis et a connu un essor particulier suite à la crise de 2007, puis après l’ouragan Katrina : tout d’abord utilisée comme solution de secours pour se loger, elle est devenue l’emblème d’une volonté de changer son rapport à l’habitat et aux objets.

En France, des entreprises comme La Manufacturette (Paris) ou Baluchon (Nantes) commercialisent ces maisonnettes de poupée montées sur roulette. Complètement autonomes grâce à des systèmes de récupération d’eau de pluie ou l’installation de toilettes sèches, ces maisons sont également personnalisables au gré des besoins de ses résidents, réintroduisant un certain contrôle sur son mode de vie et sa consommation.

Si la taille de ces maisons ne vous effraie pas, les « écocapsules » mobiles en Slovaquie sauront vous plaire avec leur 9m2 tout inclus. En ville, le cabinet d’architecture finlandais Casagrande Laboratory imagine TIKKU, un logement autosuffisant et modulable de la largeur d’une place de parking ! A travers ces projets résidentiels se dessinent des modes de vie plus mobiles, plus souples et plus respectueux de l’environnement, en accord avec des principes écologiques et éthiques.
Si ces maisons représentent l’habitat de demain, la question de leur taille interroge notre conception de l’occupation spatiale. La mobilité et le minimalisme seront-ils au goût de chacun ?