Une maison smart pour une vi(ll)e smart

Vous pouvez aujourd’hui connecter votre montre, votre réfrigérateur, votre voiture et même votre trottinette. Pourquoi pas votre maison ?

Vos objets deviennent intelligents lorsqu’ils s’équipent de capteurs, ce qui leur permet de générer des données. En quoi est-ce si « intelligent » ? L’innovation réside moins dans les capteurs que dans le traitement des données qu’ils produisent. Un oreiller intelligent sert toujours à dormir, mais il analyse également votre sommeil et vous transmet les résultats sur votre smartphone.

Cette intelligence au service des usagers arrive peu à peu dans le secteur immobilier. L’enjeu derrière ces « smart homes » tout droit sorties d’un film de science-fiction : proposer de nouveaux services à leurs habitants, tout en facilitant la transition énergétique. Pour les constructeurs, collectivités et usagers, c’est l’occasion de repenser notre manière de construire et de consommer.

Une solution pour voir la vi(ll)e en vert

Dans un contexte sensible à la protection de l’environnement et au développement durable, le bâtiment connecté suscite la curiosité de nombreux acteurs, des pouvoirs publics aux groupes immobiliers comme Bouygues, ou encore des fournisseurs de services comme La Poste.

Les programmes et réglementations en faveur d’une croissance plus verte fleurissent un peu partout en Europe et en France. En témoigne le 3e paquet climat-énergie de l’Union européenne, qui impose aux pays membres d’améliorer leur efficacité énergétique. En France, la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte prévoit 7 000 000 de points de charge pour les véhicules électriques d’ici 2030.

Le défi de la transition énergétique ne s’arrête pas au domaine des transports et de l’énergie : avec 40% de la consommation en énergie des villes en provenance des bâtiments,  le secteur est particulièrement concerné par ces enjeux. Et pour y répondre, le domaine des BTP s’est mis au smart. Le concept de smart building s’appuie sur la technologie connectée, qui permet de mesurer puis d’optimiser la consommation, mais également d’adapter la production. A terme, l’enjeu pour ce type de structure est de favoriser l’autoconsommation et le circuit énergétique court.   

Vous reprendrez bien un peu de service ?

Lors du forum Smart City du Grand Paris en novembre 2017, Emmanuel François (président de l’association Smart Building Alliance for Smart Cities) définissait le smart building comme un bâtiment « équipé de capteurs et d’actionneurs qui viennent rendre un service à l’utilisateur ». On distingue principalement deux types de services : ceux liés à la consommation (mesure et optimisation), et ceux destinés au confort des usagers, pour que le bâtiment intelligent soit avant tout un endroit où les habitants « se sentent bien ».

La SBA a ainsi développé le référentiel Ready2service (R2S) afin d’encourager la construction de bâtiments capables de se connecter à leur environnement pour devenir une véritable plateforme de services. Il serait ainsi aisé de réserver des salles, et d’ajuster les réglages de son bureau ou de son domicile depuis son smartphone (température, luminosité, éclairage) grâce à ce nouveau réseau. En plus de faciliter la création de nouveaux services, les algorithmes facilitent la gestion des moindres éléments du bâtiment avec des appareils de mesures ingénieux. C’est le cas des fenêtres dynamiques calculant elles-mêmes l’opacité nécessaire pour assurer confort et économie d’énergie.

Vers des villes plus souples

Faut-il s’attendre à un changement dans le paysage de nos villes ? Pas forcément, car il n’est pas question ici de construire : avec un taux de renouvellement du patrimoine immobilier proche de 1%, la révolution ne semble pas à l’ordre du jour. L’enjeu est plus de connecter les structures existantes et d’étoffer toujours un peu plus les réseaux intelligents, comme le désormais connu compteur Linky d’Engie, un boîtier électrique communiquant installé dans 7 millions de foyer en France.

Au-delà de la modernisation du parc immobilier existant, l’enjeu est de remporter la bataille face à l’épreuve du temps et des besoins des villes : il s’agit de proposer des structures souples et modulables, capables de modifier leur destination à moindre coût, pour s’adapter à la demande en bureaux et inversement, en logements. Une préoccupation prépondérante dans les zones urbaines où la situation tend au paradoxe. En Île-de-France, il faudrait construire 50 000 logements supplémentaires par an pendant 15 ans pour répondre à la demande, alors que 3 millions de m2 de bureaux sont vides.

Trop d’intelligence tue l’intelligence ?

Gadget de plus dans notre quotidien ou solution à un réel problème ? Si la technologie est là, la population française reste encore réticente à l’idée de vivre dans un bâtiment intelligent. Le plus grand obstacle au développement de cette technologie réside donc moins dans des problèmes techniques que dans des problèmes d’usage : nous ne faisons pas encore assez confiance au digital pour le laisser entrer dans notre intimité et exploiter nos données. La cyber sécurité, la peur du hacking et la confidentialité des données posent ainsi de plus en plus de questions, alors que le cadre légal reste encore extrêmement flou sur les sujets de la propriété, des réseaux et du digital.

Si les technologies se développent, le vrai défi sera d’assurer l’interopérabilité des acteurs, notamment des secteurs de l’énergie, du service et de la ville. Quelques initiatives innovantes aboutissent, comme le premier quartier intelligent d’Issy-les-Moulineaux (création d’un réseau intelligent à l’initiative de la ville, d’entreprises et de startups), mais le potentiel des smart buildings reste encore très peu exploité, faute d’accès aux données.

Présentation du projet IssyGrid à Issy-les-Moulineaux (Source Issy-TV)


 

Avant de pouvoir s’installer durablement dans la ville, le bâtiment intelligent devra surmonter les réticences, mais également prouver son utilité auprès des usagers et des villes. Avons-nous vraiment besoin d’une maison autonome, d’interrupteurs contrôlables à distance ? C’est la question de la sobriété des villes qui se pose, et l’importance de savoir proposer des services adaptés dont les coûts restent maîtrisables. L’enjeu : éviter que le smart washing ne succède au greenwashing.

Crédit image illustration : Jacques Ferrier/A+ Architecture