Quand les citoyens transforment la ville - Vers un urbanisme crowdfundé

Ce Grand Angle, traduit depuis le blog Mobility & Trends, fait partie du triptyque dédié aux innovations urbaines initiées par les citoyens. Ce premier volet s’intéresse particulièrement au financement participatif (plus connu sous le nom de « crowdfunding ») comme moyen efficace de transformer l’espace public dans un contexte de finances publiques contraintes.

Non, le crowdfunding appliqué aux projets urbains n’est pas une idée nouvelle : la Statue de la Liberté est elle-même le résultat du financement d’anonymes généreux, Français et Américains confondus ! Le crowdfunding est aujourd’hui largement employé pour financer la réalisation de projets urbains, tout en leur apportant une dimension plus participative et inclusive. Et si l’urbanisme « crowdfundé » devenait une démarche à part entière pour penser et construire les villes ?

De la multiplication des plateformes de crowdfunding exclusivement dédiées aux projets urbains

Tout un chacun un tant soit peu informé connait l’existence de Kickstarter ou Ulule, des plateformes de crowdfunding généralistes soutenant aussi bien des marques de mode naissantes ou des projets de prototypes technologiques ambitieux. De nombreux projets sociaux ou créatifs ne doivent leur existence qu’à ces dernières – et à leurs généreux donateurs.

En parallèle de ces leaders, de nouvelles plateformes émergent avec la volonté de s’adresser avant tout aux villes en aidant la réalisation de projets urbains. L’américaine Citizen Investor ou les françaises Co-City et Collecticity poursuivent le même but : faciliter l’accomplissement de projets citoyens dessinant les contours de villes plus viables et inclusives. Les projets peuvent être suggérés par des particuliers, des collectifs d’habitants, voire même des collectivités locales en mal de financement.

Si ces deux plateformes ont une visibilité plus réduite, elles ont toutefois aidé aux financements de projets concourant à améliorer le quotidien des habitants. Le projet « Ptits cafés du métro », financé sur la plateforme Co-City, a illuminé les matins moroses du métro parisien. Les usagers ont eu le plaisir de recevoir café et cookies gratuits de la part du collectif, qui incitait par la même occasion l’échange entre les voyageurs pour créer une atmosphère plus amicale à l’heure de pointe.

Du financement participatif jusque dans les infrastructures

Le crowdfunding n’est pas seulement applicable aux initiatives sociales ; ce mode de financement est également un outil intéressant pour concrétiser des projets d’infrastructures pouvant changer le paysage urbain comme la vie des citadins.

La campagne de financement pour le Citizen Bridge à New York illustre parfaitement cette tendance au tout participatif. S’il était autrefois possible d’atteindre l’île des Gouverneurs à pied depuis Brooklyn (les paysans faisaient même paître leurs troupeaux lors des marées basses), l’île n’est maintenant plus accessible qu’en ferry.

L’artiste Nancy Nowacek a voulu recréer cet accès pédestre à l’île, et reconnecter les habitants de Brooklyn à ce morceau de terre. Sa campagne lancée sur Kickstarter recueilli plus de 511 contributions permettant la réalisation d’un pont flottant éphémère entre les deux terres. Projet fondamentalement collectif, la construction du pont sera aussi participative, avec une équipe de plus de 200 volontaires, du designer jusqu’à l’ingénieur.

Le pont sera empruntable pendant 24h, avant d’être déporté par le courant, mais l’installation éphémère pourra connaître des répliques en fonction de son succès.

Et si le crowdfunding devenait une nouvelle forme de politique publique ?

Les projets urbains proposés sur les différentes plateformes de crowdfunding sont souvent le fait de particuliers souhaitant agir sur leur quartier. Qu’en serait-il si les collectivités se mettaient elles aussi au crowdfunding pour fédérer leurs habitants autour d’un projet ?

Pour le Grand Londres, le recours au crowdfunding s’apparente presque à une nouvelle forme de budget participatif. Pour la troisième année consécutive, la ville a organisé un vaste programme de crowdfunding invitant les habitants à soutenir des projets d’amélioration de l’espace public portés par des associations et collectifs d’anonymes. Pour que la ville abonde les projets retenus avec des deniers publics, ces derniers devaient d’abord être porté par des campagnes de crowdfunding réussies.

Le projet « Peckham Lido » est l’un des 55 projets concourant au sein du programme. Romer Lee, à l’initiative du projet, avait déjà fait financé avec succès lors d’une précédente édition le projet « Thames Baths », transformant la Tamise en piscine. Le soutien de la collectivité apporte une plus grande crédibilité à ce projet de rénovation de piscine abandonnée.

A l’aune de ces initiatives, l’urbanisme crowdfundé constitue-t-il une forme prometteuse pour aménager les villes de façon plus participative ?