Le facilitateur urbain, nouvel agitateur de la ville ?

Un nouveau métier débarque en ville : le facilitateur urbain, ou agent de transformation urbaine. Et si le nom peut paraître alambiqué, il désigne une pratique qui tombe pourtant sous le sens : la médiation entre les différentes parties prenantes de l’aménagement urbain.

Le Club Ville Aménagement invitait le 8 février dernier pour son 5 à 7 Andreas Krüger, un de ces nouveaux agitateurs de la ville dont l’activité se situe entre le militantisme engagé, le montage de projets collaboratifs et la médiation avec les entités locales. Son laboratoire de prédilection, Berlin, accueille plusieurs des projets qu’il a accompagné avec sa société Belius. De passage à Paris malgré les intempéries, il est revenu sur l’importance de ces projets collaboratifs tournés vers l’intérêt collectif.

Le médiateur de la querelle positive

La méthode de travail d’Andreas Krüger est imprégnée par l’un de ses premiers terrains d’expérimentation : le Berlin d’après la chute du mur, ville ouverte où chacun était alors libre d’investir les lieux laissés inoccupés. Le contexte d’urbanisation et d’action citoyenne s’est aujourd’hui enrichi d’un contexte politique spécifique, avec l’arrivée de 15 000 nouveaux arrivants chaque année. Les solutions d’aménagement doivent donc y prendre en compte le facteur humain, et concilier les intérêts de chacun.

Comment développer alors des lieux de (ré)conciliation, de mélange des usages et des intérêts ? A l’écoute des habitants, Andreas Krüger travaille dans une logique dite « bottom-up », où les idées viennent des citoyens et où le lieu suscite le programme. L’usage des lieux est par exemple conçu à travers des marches exploratoires et avec l’implication des habitants. Etape par étape, des sites abandonnés retrouvent la vie par des projets éphémères et collaboratifs, mais dont l’ambition est de perdurer (et ne vous avions-nous pas prédit que l’éphémère serait la star de 2018 ?).

L’action citoyenne, entre projet éphémère et temps long

Ni politicien ou administrateur, ni investisseur ou utilisateur des lieux qu’il réaménage, le facilitateur urbain est chargé de mettre tout le monde d’accord avec des solutions durables. Une expression anglaise définit cette activité, le « creative placemaking », soit la création ingénieuse et inattendue de nouveaux espaces. Cette seconde vie donnée aux sites désaffectés est permise par la coordination de nouveaux investisseurs et porteurs de projets, redynamisant des quartiers entiers en développant des centres d’activités économiques, culturelles et citoyennes.
Ces expériences ouvertes, organisée de manière collective à l’échelle locale, permettent aux communautés de s’investir et de se réapproprier la ville dans une économie saine et non-spéculative.
 

Un laboratoire pour inspirer les pratiques françaises ?

Naturellement, lorsqu’Andreas Krügler parle de ses réalisations, on se prend à rêver d’initiatives  similaires en France, capables d’allier ambitions citoyennes et intérêts politiques et financiers. Est-il possible d’importer un tel métier dans l’Hexagone ?

La question est épineuse, car la force du facilitateur urbain reste sa capacité à faire intervenir les bonnes personnes (administration, élus, communautés artistiques…) dans une ville ouverte aux changements. A ce titre, Berlin est le terrain idéal pour ces projets collaboratifs, grâce à une société civile très active et une politique d’aménagement ouverte aux investissements alternatifs. Or ce nouveau métier implique une nouvelle approche de l’aménagement, plus locale et collaborative, et une volonté des parties prenantes à coopérer de concert pour la conception de nouveaux espaces. Quel sera le prochain territoire à se laisser tenter par l’approche ?