Julien de Labaca - "Avec Transfermuga, la mobilité ne connait plus de frontières"

Le jury des prix Le Monde-Smart Cities a décerné le 17 mai dernier les prix européens de l’innovation urbaine. Le projet Transfermuga a obtenu le Grand Prix du jury.

Même au sein de l’Union Européenne, les frontières restent des freins à la mobilité des individus souhaitant se déplacer d’un pays à l’autre. Comment se déplacer aisément sur un territoire où les langues et les acteurs de transport diffèrent ? Tel est le défi relevé par Transfermuga, plateforme d’information sur la mobilité au Pays Basque. Porté par l’Eurorégion Aquitaine-Euskadi  depuis 2011, le projet a fait tomber les barrières en rendant visible l’offre de mobilité espagnole et française pour mieux favoriser l’intermodalité.

Trois questions à Julien de Labaca, directeur du projet et consultant sur les questions de nouvelles mobilités. 

Comment est né Transfermuga, et à quels besoins répondait ce projet ? 

Nous sommes partis de zéro, aucun acteur n’était sur le sujet à l’époque. Nous avons très vite diagnostiqué deux besoins : connecter les offres existantes de part et d’autre de la frontière, et rendre visible des offres transfrontalières trop souvent méconnues de la population. 
 

Que propose Transfermuga ? Quelle est l’originalité du projet ? 

En moins de deux ans, nous avons réussi à créer, mettre en place et exploiter un portail d’informations et un calculateur d’itinéraires tous deux multimodaux et multilingues, mais aussi « faire de la couture » sur plusieurs offres de transports. 

Durant les trois premiers mois, nous avons produit en interne un portail d’informations en utilisant uniquement des outils en open source. Une fois déployé, nous avons eu l’idée du calculateur d’itinéraires. Nous avons procédé par étapes : 6 à 7 mois pour imaginer et monter le modèle économique et juridique, 6 mois pour convaincre les autorités de transport, et 6 mois pour la contractualisation. 

En parallèle, nous avons connecté l’offre de car et de bus de chaque côté de la frontière, ainsi que l’offre ferroviaire (optimisation de l’existant). Nous avons également créé des titres combinés, très simples, pour répondre aux nouveaux usages. L’originalité du projet réside donc notamment dans la rapidité du processus.  

Quels sont les avantages de cette solution ? 

Auparavant, il n’y avait aucun calculateur d’itinéraire multimodal, ni de plateforme transfrontalière [à savoir une interface en plusieurs langues, NDLR]. Il n’y avait pas non plus d’offres de transports publics qui traversaient la frontière. 

Nous avons tenté de répondre à ces besoins. Nous avons aussi tenté de proposer des outils répondant aux usages actuels. Par exemple, le site est « mobile first » et par chance, nous avons bénéficié de l’abolition du roaming, qui a rendu la solution accessible de chaque côté de la frontière, depuis son portable. Enfin, nous avons tenté de limiter au maximum la consommation d’argent public : pas d’application spécifique, pas de création d’offre nouvelle, une mutualisation des coûts, une optimisation de l’existant. 
L’innovation ne réside pas tant dans le côté technique, mais dans la méthode, le modèle économique et la dimension open source : tous nos outils, toute notre méthode, notre portail et nos données sont accessibles! La solution est ainsi plus facilement duplicable. 

Le projet inspire d’ailleurs d’autres territoires européens. Les autorités croates (le pays possède des frontières avec la Slovénie, la Hongrie et la Serbie) se sont montrées intéressées par le projet ! Présentation le 15 Juin à Varazdin, au nord du pays.