Charles-Edouard Vincent - "Lulu dans ma rue, c'est la société qui se réconcilie"

L'économie collaborative ne se limite pas aux applications ! Ce sont aussi des initiatives ancrées dans le territoire, très localement. Découverte de Lulu dans ma Rue racontée par son fondateur Charles-Edouard Vincent. 

Qu’est-ce que Lulu dans ma rue ?

La différence entre Lulu dans ma rue et tout un tas de plateformes que l’on voit apparaitre, c’est le fait que nous ne voyons pas le petit service de proximité comme une finalité en tant que tel. Il est un moyen pour recréer du lien entre les gens à l’échelle d’un quartier et pour réinventer une ville où l’on se parle, se connait et vit ensemble. Pour moi c’est un support à davantage de relations entre les gens, c’est un support à l’humain.
Le projet trouve son origine chez Emmaüs et Emmaüs Défi. J’ai vu à quel point notre société a besoin de se réinventer pour faire une place aux gens les plus fragiles et je trouve que Lulu dans ma rue a cette dimension-là de par son ambition de pouvoir recréer du dialogue et de la mixité sur le support de petits services de proximité.

Pourquoi une conciergerie de quartier dans un kiosque ?

Je crois qu’aujourd’hui des villes sont de plus en plus connectées tout en restant aussi anonymes. Il y a un vrai besoin de casser cet anonymat et de recréer du lien. Lulu dans ma rue donne une autre dimension à la prestation de services, car c’est aussi le moyen de rendre service à l’autre, d’être en relation avec l’autre et de transmettre quelque chose. Rendre service a du sens, et je pense que c’est ce qui transparait dans le succès de Lulu dans ma rue. C’est très fédérateur pour les Lulus, car ce ne sont pas des prestataires anonymes qui peuvent être remplaçables. Ils sont uniques d’une certaine manière, et c’est ce que nous valorisons.
Un kiosque est un objet urbain bien identifié du public, qui n’est pas un magasin. Il est à mi-chemin entre une activité commerciale et une activité publique, à mi-chemin entre le service aux Parisiens et le mobilier public.
Le concept de Lulu dans ma rue nous obligeait à nous positionner différemment, car monter une boutique n’aurait pas du tout été la même démarche. Le kiosque est vraiment l’amorce et c’est un ancrage très important. C’est le moyen de lancer le projet, de montrer qu’on existe et c’est une manière de rassurer aussi parce que ce n’est pas facile de faire entrer des inconnus chez soi.
 

Qui sont les Lulus ?

C’est en fait toute la société. On a aussi bien des jeunes cadres de la Défense que des retraités, des étudiants, des personnes en réinsertion, d’autres au chômage, au RSA, des mères au foyer… Chez Lulu dans ma rue, tout le monde est sur un même pied d’égalité dans l’optique d’échanger. Nos lulus sont valorisés pour leurs compétences et non plus pour leur statut. Sociologiquement parlant, je trouve ça fort de voir que la société se réconcilie ainsi.

Que recherchez-vous chez les Lulus ?

On veut des gens qui ont de vraies compétences et qui aiment ce qu’ils font, car être Lulu c’est aussi un état d’esprit. Il est important d’apprécier la relation avec l’autre, de voir que rendre un service a du sens et que ce n’est pas qu’une prestation de service. Beaucoup de Lulus apprécient les moments d’échange avec la personne à qui ils rendent service.

Comment le service fonctionne-t-il ?

Une partie du succès de Lulu dans ma rue trouve son origine dans sa simplicité : pas d’engagement ni d’abonnement. Un client fait sa demande au concierge, le concierge cible la demande et l’envoie à un certain nombre de Lulus, et dès qu’un Lulu confirme qu’il est disponible, il rappelle le client. Le client est normalement rappelé sous un délai de 24h pour fixer le rendez-vous, et le paiement se fait directement à la fin du service rendu en main propre.

Faites-vous toujours l’intermédiaire entre les Lulus et les clients ?

Oui, on a fait le choix d’une approche intégrée, tout simplement parce que dans la tête des gens, c’est un concierge qui règle leur problème. Les clients nous font confiance et c’est à nous de chercher la bonne personne pour répondre à leur demande de service. Les clients n’ont pas de photo des Lulus qui viennent faire la prestation, ils ne les connaissent pas, et pourtant tout se passe très bien !

Avez-vous d'autres projets en cours ?

En parallèle des kiosques fixes, nous sommes en train de créer un kiosque mobile avec lequel on pourra aller sur les marchés alimentaires. On est aussi en train de réfléchir à d’autres types d’emplacements comme les supérettes pour avoir un ancrage physique, aussi bien pour les clients que pour les Lulus.
Nous avons également une convention avec la Ville de Paris pour ouvrir 6 kiosques d’ici l’été prochain. Après notre nouveau kiosque dans le 17e, le prochain sera dans le 15e, puis dans le 14e, le 20e et le 18e. Il faut aussi que l’on trouve la bonne maille pour s’implanter, parce que l’idée n’est pas d’en avoir 400. Mais nous travaillons aussi avec les kiosques à journaux pour qu’ils soient des relais Lulus : ça leur fait un complément d’activité et ça nous permet d’avoir une présence physique supplémentaire.

Pensez-vous exporter Lulu dans ma rue en dehors de Paris ?

A la suite de l’installation du kiosque, en trois mois on a reçu des demandes de partout en France et dans le monde entier : Canada, Belgique, Italie, Singapour… Nous recevons toujours de nombreuses requêtes, mais nous souhaitons d’abord nous concentrer sur Paris pour bien maitriser le processus, car faire fonctionner Lulu dans ma rue de manière efficace à un niveau économiquement viable implique une mécanique fine et complexe.