Face aux défis du siècle, Le Monde récompense des projets innovants pour nos villes

Pour sa quatrième édition, Le Monde a remis 5 prix « Le Monde Cities » de l’innovation urbaine. 110 projets sélectionnés dans le monde entier, répartis dans 5 catégories différentes, et un grand gagnant… Des prix décernés au rythme d’une conférence intitulée « Libertés, égalité, viabilité : la ville-monde face aux défis du siècle ». L’occasion de réunir penseurs et faiseurs des villes d’aujourd’hui, et de demain. Retour sur une matinée au cœur des sujets urbains du moment.

Organisé le 28 juin dernier à Ground Control, un tiers lieu du 12e arrondissement parisien, l’évènement a alterné présentations, tables rondes, échappées et remises de prix.
 

Données et mobilité, vers des services plus responsables

Le premier temps d’échanges, consacré aux enjeux des données au cœur de la ville connectée, et en regard des questions de libertés individuelles, a notamment fait émerger l’importance des processus d’anonymisation et de sobriété des données. Des dynamiques qui sont en partie remises en question par une granularité toujours plus fine des données, mais aussi la présence souvent inconsciente de nos smartphones et des données qu’ils engrangent.

Côté mobilité, si la question des données était aussi posée, c’est un projet plus « low-tech » qui a recueilli les faveurs du jury. En effet, c’est la coopérative de cyclo-logistique Olvo qui a remporté le prix.
Si l’innovation proposée n’est pas technologique, elle opère en tout cas un changement de direction par rapport aux acteurs traditionnels. Préférant le vélo-cargo à des véhicules polluants (et bruyants), l’entreprise valorise aussi le métier de coursier en salariant toute son équipe au sein d’une structure coopérative.
 

Combattre les inégalités par le local, avec les citoyens

Le deuxième moment de la matinée était organisé autour de la question des inégalités et des ségrégations sociospatiales. Les intervenants ont pu rappeler l’intérêt de grands projets structurants comme réponse aux inégalités, avec par exemple le Grand Paris Express qui pourrait augmenter de 950% la taille du bassin d’emploi d’un habitant riverain de la future gare de Clichy-Montfermeil.

Pour autant, les grands réseaux et infrastructures ne sont pas suffisants et le recours à de petites installations, plus locales et moins chères, constitue aussi une voie de réduction des inégalités et des ségrégations. L’école, par exemple, peut être le vecteur d’un nouveau mode de penser, en imaginant plus d’activités hors les murs et de découvertes de différentes façons de faire et de travailler au sein des villes, pour favoriser les rencontres et l’échange en ville.

Des façons de faire qui ont d’ailleurs été récompensées à travers les prix de la participation citoyenne et de l’urbanisme. Des catégories qui ont mis l’Amérique du Sud à l’honneur, puisque le premier a été remis au projet Ocupa tu Calle, à Lima, au Pérou. Un projet qui vise à réduire les inégalités en favorisant la réappropriation des espaces publics et des espaces inoccupés pour les habitants. Et pour le prix de l’urbanisme, c’est le projet du Parques del Rio, à Medellin (Colombie) qui a retenu l’attention du jury. Son objectif : rendre la rivière Medellin aux habitants, en enterrant des kilomètres de voie urbaine et en aménageant les rives en espaces publics favorables aux loisirs et à la culture.

L'innovation urbaine face à l'urgence climatique

 
Enfin, la dernière partie de la conférence était dédiée aux enjeux environnementaux et climatiques. Et si les villes veulent faire face à l’urgence climatique, il faut, selon les intervenants, qu’elles adoptent une approche systémique et complexe, intégrant l’analyse en cycle de vie, appliquée aux décisions de la puissance publique. Une façon d’imaginer des solutions opérationnelles, au-delà des stratégies, aux enjeux de l’habiter – au croisement de la mobilité et du logement – en intégrant, aussi, une vision de la finitude des ressources comme du territoire.

Autre levier d’action : la compétition des villes, qui poussent celles-ci à se positionner comme « modèle ». En passant de l’attractivité économique à une attractivité centrée autour de la qualité de vie, on voit bien les villes s’emparer de plus en plus de ces sujets. Sur les questions environnementales, la vigilance est de mise face au risque de greenwashing : plutôt que des solutions de végétalisation éparses, et artificielles, les villes devraient promouvoir des aménagements en pleine terre, plus propices à une réelle (re)végétalisation urbaine.

Pour clore cette dernière discussion, le prix de l’énergie a été remis dans un premier temps au projet nantais Symbiose. Celui-ci imagine une serre installée sur le toit d’un immeuble de logement, pour utiliser la chaleur de celle-ci au service des résidents (chauffage, eau chaude…) tout en offrant un nouvel espace à s’approprier pour les habitants.

Le prix de l’habitat a lui récompensé le projet tanzanien de la startup Eco Act, qui fabrique des poutres à partir de déchets plastiques. Limitant la pollution plastique tout en préservant les forêts (puisque les poutres produites peuvent en remplacer d’autres en bois ou en métal), Eco Act revêt aussi un aspect social puisqu’elle propose à des familles de lui revendre les déchets plastiques collectés, offrant à certaine une couverture médicale en guise de paiement.
De quoi répondre à des enjeux environnementaux et sociaux, tout en offrant des matériaux de construction dans un pays à la croissance rapide. Ainsi, en plus du prix de l’habitat, Eco Act a aussi remporté le Grand Prix et les 20 000 euros associés. De quoi offrir de nouvelles perspectives de développement pour la startup, déjà récompensée et reconnue par d’autres prix internationaux.