Le renouveau de la monnaie locale grâce à la blockchain

Apparues dans les années 30, les monnaies alternatives peuvent être synonymes d’innovations sociales au travers des monnaies locales qui favorisent les circuits courts ou d’innovations technologiques avec l’arrivée de la blockchain et des cryptomonnaies. Un mariage tout trouvé pour vous parler de la blockchain au service des monnaies locales.

Un peu d’histoire 

 
Pendant la grande crise des années 30, la petite ville autrichienne de Wörgl avait mis en place une monnaie locale à l’initiative de la mairie pour encourager la circulation monétaire et éviter l’épargne grâce à une dévaluation maîtrisée : chaque mois la monnaie se dépréciait de 1%.Pour qu’un billet reste valable, un timbre devait y être apposé un jour donné de chaque mois. Cette mesure aurait alors largement bénéficié à l’économie locale puisque les billets devaient être dépensés rapidement (les garder coûtait de l’argent) et localement. Ce principe de monnaie « fondante », qui inspire un bon nombre de monnaies alternatives actuelles, fût imaginé par Silvio Gessel et présenté dans son ouvrage : L’ordre économique naturel.
Dynamiser l’économie à l’échelle d’une ville, d’une région ou même d’un pays reste l’objectif de toutes les monnaies locales aujourd’hui. Toutefois, elles peuvent aussi être portées par des mouvements écologiques ou anti-capitalistiques.

Parmi la trentaine de monnaies locales qui circulent aujourd’hui en France, le Stück a fait son apparition à Strasbourg en 2015 et ne comprend dans son réseau que des entreprises écologiquement et socialement responsables. De même pour Toulouse et sa monnaie le « sol-violette » qui favorise les petits producteurs bio ou artisanaux.

Si l’impact environnemental est pour l’instant faible et difficile à évaluer comme l’affirme l’Ademe (l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), elle précise que ces monnaies «  peuvent constituer un outil pertinent pour sensibiliser les acteurs et flécher leurs comportements en fonction des objectifs environnementaux que l’on poursuit ».
Les monnaies complémentaires répondent enfin à une perte de confiance envers les monnaies classiques, dont le bon fonctionnement repose pourtant sur ce facteur primordial. Alors que 98% des transactions en euros se font sur les marchés financiers contre seulement 2% dans l’économie réelle, les citoyens sont de plus en plus enclins à se réapproprier l’outil monétaire, notamment depuis la crise bancaire de 2008. Aujourd’hui les monnaies locales circulent en moyenne trois fois plus vite et créent cinq fois plus de richesse que les monnaies traditionnelles, ce qui ouvre de belles perspectives pour leur mise en place dans de nombreux territoires.

La blockchain au service des monnaies locales

 
Créée en 2008 par un développeur sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto (toujours inconnu aujourd’hui), la blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’information qui a donné naissance aux cryptommonaies comme le Bitcoin et l’Ethereum pour ne citer que les plus connues. Cette technologie présente de nombreux avantages, grâce à son caractère décentralisé, sécurisé et transparent.

Depuis 2007, Monkey Money utilise la blockchain afin d’accompagner les monnaies locales dans leur digitalisation de manière sécurisée. Les usagers ont la possibilité de payer via leur smartphone et ont accès à un site web en plus d’une application mobile liés à un compte où ils peuvent consulter leur solde, l’historique des transactions ou encore leurs commerçants favoris.
Parmi les autres fonctionnalités proposées : la création d’événements, d’articles, de sondages liés aux activités locales et disponibles sur la plateforme. Une carte interactive répertorie également les différents commerces et événements qui utilisent la monnaie en question. En plus de faciliter l’usage, la digitalisation donne accès à bon nombre de données comme la visualisation des échanges effectués et ainsi l’analyse des flux à l’échelle locale.

Et pourquoi ne pas imaginer une cryptomonnaie qui soutient les monnaie locale ? Le projet Poi encourage les comportements positifs en les récompensant en crypto-monnaie Poi, elle-même échangeable en monnaie locale. Cette application de paiement (en euros) liste des commerçants responsables (zéro déchet, produits bios, etc.) sur une carte où chaque achat vient nourrir une jauge d’impact propre à l’utilisateur. Une fois celle-ci remplie, le consommateur est rétribué en cryptomonnaie à convertir en monnaie locale pour lui-même ou pour une des entreprises du réseau.
Pour l’instant en bêta-test, Poi est présent au Magasin général de Darwin à Bordeaux, au Kilogramme à Paris et à l’épicerie Scarole et Marcellin à Lyon.
 
Porteuse d’engagements citoyens, les monnaies locales parviennent à renouer un lien de confiance entre consommateurs, commerçants et l’outil monétaire. La blockchain se présente ainsi comme la technologie idéale pour accompagner leur digitalisation en profitant de ses avantages en matière de sécurité, de transparence et d’autonomie.