La recette de la Smart City en France et à l’international

 

Le concept de ville intelligente, ou smart city, demeure un horizon commun pour de nombreuses villes, petites et grandes, comme le montre le projet de territoire intelligent à Angers, ou encore le projet de Quayside, géré par Google, à Toronto. Fantasme technologique pour certains, la ville intelligente continue de susciter débats et questionnements, entre ambitions technologiques et souci de la place des usagers notamment. La promesse de la smart city est en effet de s’appuyer sur les nouvelles technologies (et les services qu’elles offrent) pour améliorer la qualité de vie des citadins, en faisant de la ville un espace plus adaptable et accessible aux habitants, à tous les niveaux et dans tous les domaines urbains.
Le rapport de l’association France Urbaine sur les « Villes, numérique et innovation sociale : expériences françaises », publié en vue du Smart City Expo World Congress 2019, fait le tour d’horizon des innovations mises en œuvre par 15 villes françaises et met en évidence les différentes démarches des centres urbains pour allier bien-être en ville et transition numérique. L’occasion de revenir sur la recette de la smart city appliquée aux villes françaises et les futures perspectives de celle-ci.

Smart cities, villes françaises et numérique

 
Dans les villes françaises, il existe selon le rapport une volonté spécifique de développer des pratiques en lien avec la transition numérique, en rassemblant des intervenants d’ores et déjà présents dans chacune des métropoles étudiées.
Selon France Urbaine, l’usage du numérique par les villes françaises est appréhendé par le biais d’une réflexion globale de la contribution du numérique à une réelle amélioration du quotidien des habitants au niveau local, plutôt qu’un développement massif de nouvelles technologies. En outre, le numérique interviendrait davantage comme un outil d’aide à l’amélioration de la qualité de vie des habitants qui y seront confrontés. En somme, il s’agit, pour les villes françaises à l’origine de ces projets, de replacer le citoyen, usager et bénéficiaire final des nouveaux services, au cœur d‘innovations digitales, technologiques et sociales, ainsi facilitées par l’intégration de nouveaux outils numériques.

OnDijon, acteur de la sécurité et de l’innovation

La ville et la métropole de Dijon ont imaginé leur métropole du futur qui se veut intelligente et connectée, à travers le projet inédit OnDijon. Mis en place depuis avril 2019, celui-ci organise une gestion à distance (depuis un poste de pilotage) de l’ensemble des équipements urbains des 24 communes du territoire dijonnais, à savoir les feux de circulation, l’éclairage public, les systèmes de vidéoprotection, vidéosurveillance et de voirie.
Les agents sur place peuvent ainsi suivre, sur des écrans, l’état et l’activité de l’ensemble de ses équipements connectés. A titre d’exemple d’actions possibles grâce à cette nouvelle technologie, les agents pourront déclencher, à distance, l’abaissement des bornes escamotables (ou bornes E) afin de permettre la circulation aux véhicules de secours.
 

Ces écrans auront également pour finalité d’afficher les accidents de la circulation, signalés par des passants témoins grâce à leur smartphone, permettant aux agents de OnDijon de coordonner ce signalement avec l’envoi des secours, en utilisant notamment la géolocalisation.
Une installation rendue possible par les données issues des équipements urbains publics. Ce dispositif permet de gérer de façon centralisée l’ensemble des services urbains du Grand Dijon, qui étaient auparavant répartis entre 6 différents postes de contrôle (PC Sécurité, PC Police Municipale, Centre de Supervision Urbaine, PC Circulation, Allo Mairie, PC Neige).
 

Opération Dynamo, Smartseille : entre aménagement du futur et réalité augmentée

A Marseille, le projet Smartseille, toujours en cours d’aménagement (et dont les premières réalisations datent de 2016), entreprend la construction d’une écocité méditerranéenne et futuriste, constituée d’immeubles de bureaux, de logements et résidences construites à l’occasion. Sous la surface, Smartseille cache une boucle à eau de mer, située sous la rue Universelle de l’écoquartier, liée à l’eau du Port de Marseille, qui permet de réguler les besoins en chaud et en froid du quartier en fonction de la journée. En plus d’être embuée, Smartseille est largement végétalisée, avec sa rue piétonne arborée et plantée, qui ajoute une touche de verdure à cet écoquartier, avec l’implantation des mobiliers d’Urban Canopée.
 

A Dunkerque, le numérique est mis à contribution pour consolider l’attractivité du territoire. La CUD de Dunkerque a ainsi mené un projet qui allie tourisme de mémoire et numérique, avec le lancement de l’application touristique Opération Dynamo. Développée par la Communauté urbaine de Dunkerque, l’application fait revivre les évènements symboliques de la Bataille de Dunkerque durant la Seconde Guerre mondiale, en proposant deux parcours immersifs qui reconstituent des scènes virtuelles, des réalités augmentées sur des paysages ou encore des narrations sonores. Le parcours se réalise sur une cartographie augmentée, avec des éléments visuels, en croisant des bases de données liées à la culture et au tourisme. Cette application vise à mettre en valeur le patrimoine de la ville de façon intuitive, en incluant une dimension numérique, accessible à tous. Une manière toujours plus innovante de concilier histoire et usage du numérique dans les territoires. Côté immersion grandeur nature, les autres applications ne sont pas en reste.
 

En termes de transformation numérique, des villes d’Ile-de-France sautent aussi le pas. C’est le cas d’Issy-les-Moulineaux, déjà pionnière dans l’utilisation de services numériques (administrations en ligne, vote électronique, paiement du stationnement sur smartphone…). Un des projets portés par la ville, nommé So Mobility, identifie les solutions numériques qui permettent de faciliter les déplacements des citadins en ville. Grâce à des partenaires comme Bouygues, La Poste, Transdev et Cityway, des expérimentations de nouveaux modes de déplacements (autopartage, navette autonome, covoiturage), de parkings intelligents (capteurs connectés, système prédictif) sont mises en place.

Un travail sur l’ouverture des données pour favoriser l’offre de mobilité multimodale est également engagé, avec la conception d’une application personnalisée en fonction des habitudes et préférences de déplacement.
Selon l’étude, la notion d’alliance entre les territoires est un élément essentiel dans la concrétisation de ces projets. Ajouté au fait qu’une adaptation de la part des porteurs de projets aux spécificités locales de chaque territoire est un des atouts des acteurs français, puisque « la ville intelligente nécessite un portage politique local ». Ainsi, le maire joue-t-il un rôle majeur pour favoriser de nouveaux usages répondant aux enjeux climatiques, économiques et sociaux propres aux villes.  

Il n’existe donc pas un seul modèle de ville intelligente. Selon Carlos Moreno, Directeur scientifique de la Chaire ETI (Entrepreneuriat Territoire Innovation) de l’IAE de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, une ville est « avant tout un contexte, un lieu de vie, un système complexe qui a sa propre personnalité ».

De nouvelles perspectives pour les smart cities du monde

Les villes s’emboitent le pas dans la course vers la smart city, et les collectivités françaises ont bien compris qu’il ne fallait pas confondre vitesse et précipitation, avec des projets intelligents, collaboratifs et pérennes. En plus des projets portés en France, des tendances de fond d’envergure mondiales se dessinent dans un récent rapport du cabinet de conseil ABI Research. Il pointe différentes clés de lecture dans le tournant des stratégies de smart city : le passage de villes « sûres » à des villes résilientes (un concept plus large), ou bien le déploiement d’espaces intelligents, modulables et évolutifs selon les usages (réutilisation de parkings devenus inutiles, génération d’énergie dans l’espace public, meilleur management des espaces verts …).

D’autres éléments sont également mis en avant par le cabinet. Ainsi, si le développement de la modélisation 3D et de la conception générative transforme la façon de modéliser la ville, ces techniques facilitent la création de digital twins cities, ou jumeaux numériques de ces villes, des répliques virtuelles qui peuvent être utiles pour améliorer la gestion des villes, en les rendant plus efficace et efficiente.

Le passage de la notion de ville durable à celle de ville circulaire est un autre tournant que le cabinet ABI Research identifie dans les nouvelles stratégies de smart city à l’échelle internationale. Une dynamique qui se traduit également dans l’aménagement de l’espace public et son usage, avec le développement de nouvelles formes de mobilités « 2.0 », incarnées notamment par le déploiement massif d’offres de mobilités en libre-service comme Lime et ses trottinettes électriques, ou JUMP et ses VAE, ubiquitaires, et plus simples d’utilisation que nos traditionnels véhicules sans assistance électrique.  

Plus que de simples solutions technologiques et des projets très localisés, ces solutions, intégrées dans des stratégies globales, visent à rendre nos villes plus « intelligentes ». Ces différents outils digitaux et nouveaux services sont bien les briques dont les collectivités se saisissent pour répondre aux problématiques de leurs habitants et de leur territoire, au sein de projets globaux, en France comme dans le monde.