Souriez, vous êtes en ville !

Tout le monde court après le bonheur. Mais si la poursuite du bonheur reste une quête très personnelle, de plus en plus d’experts soulignent l’importance  du lieu de vie et de son environnement comme facteurs de bonheur... Une nouvelle discipline de recherche voit même le jour à travers le monde : la « psychologie positive » ou science du bonheur.

De l’unité de mesure BNB (Bonheur National Brut)  au Bhoutan à la philosophie du « buen vivir » des Andes en passant par l’Observatoire Français du Bonheur, le concept de bonheur semble être devenu un point-clé pour penser notre rapport au quotidien et à nos villes.
 

L’économie ne fait pas le bonheur

Le PIB (Produit Intérieur Brut) semble perdre de sa pertinence pour mesurer l’état général d’une région ou d’un pays : finalement, il ne fait qu’estimer le taux de croissance d’après la production économique, pour un temps donné. Cet indice purement économique néglige des éléments essentiels à l’observation d’une région et de son évolution. Education, santé, place donnée aux espaces naturels ou encore coût de la vie sont autant d’éléments qui contribuent au bonheur de chacun, peu importe l’endroit.

En 1971, le petit Etat du Bhoutan a créé l’indice du Bonheur National Brut (BNB) dans le but de mesurer la prospérité du pays sur des plans tant spiritueux, sociaux et environnementaux que physiques. L’indice du BNB a ainsi permis d’orienter de manière efficace les mesures gouvernementales, qui menèrent à de notables améliorations au cours des dernières décennies : augmentation de l’espérance de vie, intégration de la protection de l’environnement dans la constitution, et garantie d’accès à l’éducation pour chaque enfant. En dépit de ces grands changements, le Bhoutan reste l’un des pays les plus pauvres du monde et fait face à de nombreux défis liés à la pression sociale et aux changements climatiques.

Que se passerait-il si votre pays décidait de remplacer le traditionnel PIB pour le BNB bhoutanais ? On vous laisse plancher sur la question. 

Le bonheur est-il soluble dans la ville ?

La première image qui nous vient en tête lorsque l’on parle de campagne est celle d’espaces verts luxuriants et joyeux, alors que les villes sont immédiatement associées à des espaces grisâtres et tristes, peuplés de gens grincheux et pressés. Mais cette croyance est-elle fondée ? Les urbains sont-ils condamnés à être malheureux ?

Dans ses dernières recherches, le chercheur Adam Okulicz-Kozaryn souligne le lien entre densité, concentration de la population et niveau de bonheur. Les résultats de sa première enquête plaçaient ainsi les ruraux et habitants du périurbain parmi les plus heureux, quand les plus malheureux étaient tous résidents des villes. Sa seconde enquête n’a fait que renforcer ces résultats : les 60 villes américaines de plus de 300 000 habitants y apparaissent comme les endroits les plus tristes du pays.

Ainsi, les avantages tant loués de la ville, tels que la diversité, un plus grand nombre d’opportunités et un quotidien plus animé semblent se payer au prix fort. Existe-t-il des solutions pour rendre nos villes plus heureuses et plus faciles à vivre ?

L’impact du design urbain sur le bonheur

L’objectif du mandat du précédent maire de Bogota Enrique Peñalosa n’était pas l’amélioration du taux de croissance économique ou la baisse de la criminalité, mais l’augmentation du bonheur : « Nous ne sommes peut-être pas en mesure d’agir pour l’économie. Mais nous pouvons repenser la ville afin de donner à ses habitants une dignité et une sensation de richesse. La ville peut les rendre heureux. » Enrique Peñalosa explique ainsi que les villes souffrent d’une vision autocentrée, ainsi que de la privatisation des ressources et des espaces publics.

Fort de ce constat, le maire de Bogota a pris des mesures drastiques pour limiter l’usage de la voiture à seulement trois fois par semaine et par habitant, mais a également investi dans des pistes cyclables et un réseau de parcs et de places piétonnes. Des études montrent ainsi que notre degré de connexion va de pair avec notre bonheur : la forme que prend une ville a dès lors une influence non négligeable sur nos interactions sociales.

En quelques années, Bogota est passé du statut de ville rongée par le crime organisé et la pauvreté à celui d’une des villes les plus vertes du monde, avec quelque centaines de kilomètres de pistes cyclables et plus de 1 100 espaces verts, qui ont eux-mêmes grandement contribués à l’amélioration de la qualité de l’eau et de l’air. Le taux d’homicides a baissé de moitié depuis le premier mandat du maire Peñalosa, même s’il reste problématique, tandis que le nombre d’incidents dans les transports publics a baissé de 90%. Le design urbain peut ainsi avoir un impact positif d’importance pour les habitants, l’économie et la planète.

Charles Montgomery s’est inspiré du cas de Bogota pour fonder The Happy City Lab, un laboratoire urbain qui réfléchit à l’importance du bonheur au sein des villes à travers des recherches, des ateliers et des travaux collaboratifs. Installés à Vancouver, ils amorcent le dialogue entre les citoyens et les pouvoirs publics ou privés.  

Quand le bonheur urbain devient une compétition internationale

Exit l’IDH et le PIB : de nouveaux systèmes de classement apparaissent dans le but de déterminer les endroits les plus heureux de la planète. Pourquoi le bonheur est-il devenu une référence et comment peut-il être évalué ?

Le bonheur a beau être une notion très subjective, certains de ses aspects peuvent être étudiés objectivement afin d’évaluer le degré de bien-être dans les villes. L’une des références sur le sujet est le « World Happiness Report » publié par le Réseau de solutions pour le développement durable des Nations Unies. Le classement est réalisé en rassemblant des critères variés tels que le PIB par personne, l’aide sociale, l’espérance de vie en bonne santé, la liberté de faire ses propres choix de vie, la générosité et la perception de la corruption. En 2017, la Norvège figure sur le classement comme le pays le plus heureux, quand la République Centrafricaine est placée tout en bas du classement des 155 pays évalués. L’indice Mercer donne lieu quant à lui à un classement des 450 villes offrant la meilleure qualité de vie. Cette mesure est calculée avec des critères plus spécifiques, tels que les loisirs, les biens de consommation et le logement. En 2017, Vienne (Autriche) domine le classement.

Il ne tient plus qu’à vous de choisir lequel de ces classements reflète le mieux votre définition du bonheur…