Tendance 2019 #1 : La blockchain et la donnée

Créée en 2008, la blockchain apparaît comme une tendance technologique depuis maintenant plusieurs années, sans pour autant avoir jamais réussi à s’installer dans nos habitudes d’usage. Pour preuve, les cryptomonnaies représentent moins de 1% des usages de paiement en France et restent l’une des applications les plus connues de cette technologie. Peut-on imaginer malgré tout un nouvel essor de la blockchain dans les prochains mois ?

Pour cette nouvelle année, Urbanistik vous propose une série d’articles explorant les tendances à court et moyen termes pour nos villes.

Une meilleure transparence avec la blockchain 

Grâce à leur caractère immuable et accessible à tous les utilisateurs, les données gravées sur une blockchain permettent une plus grande transparence entre les différents acteurs du réseau.

La startup anglaise Provenance améliore la façon de produire et de consommer en mettant en avant la traçabilité des produits. Toute la chaîne de production est ainsi détaillée, des ingrédients/matière première au conditionnement, pour garantir l’origine éthique de ce que nous consommons (vêtements, nourriture…).

Testé pendant 6 mois en Asie du Sud-Est, le projet était concentré sur la pèche du thon au Vietnam, pour permettre une pêche éthique et responsable. Le projet a permis à des marques installées comme Co-op food d’assurer leur légitimité en garantissant des conditions de travail respectables.
 

La transparence via la blockchain peut aussi se réaliser à plus grande échelle. L’IBM Food Trust travaille avec les plus grandes entreprises d’agroalimentaire (Nestlé, Walmart, Unilever …) pour réimaginer le système de traçabilité qui est aujourd’hui très lent et coûteux.

L’information sera bénéfique à plusieurs niveaux : pour le consommateur bien sûr, mais aussi les producteurs pour savoir où sont acheminées leurs productions, et pour les commerces soucieux des méthodes de conditionnement (température, etc…). Une telle utilisation de la blockchain permettrait ainsi d’éviter les scandales alimentaires, les fausses labélisations mais aussi le gaspillage alimentaire avec une meilleure gestion des stocks.

Une traçabilité qui ne se limite pas au secteur agro-alimentaire puisque Mercedes-Benz s’est associée à l’entreprise américaine Icertis pour cartographier sa chaîne d’approvisionnement via un « prototype blockchain». A travers ce prototype, le constructeur allemand espère simplifier l’achat auprès de ses fournisseurs, et avoir une meilleure visibilité sur la production de ses partenaires (en termes de matériaux et de conditions de travail).

Renforcer la sécurité des données personnelles 

Intermédiaire de la donnée, la blockchain peut aussi en être la garante en sécurisant les données personnelles des internautes. Il serait alors possible de naviguer sur Internet sans pour autant céder ses données personnelles aux géants du web. Encore mieux, une marketplace de la donnée pourrait voir le jour : selon Bill Schmarzo, CTO de Dell EMC Services, la blockchain pourrait remettre la donnée personnelle entre les mains des utilisateurs en leur donnant un contrôle total sur celle-ci mais aussi en leur donnant la possibilité de la vendre aux entreprises intéressées, sans l’intervention d’un tiers.

Une technologie protectrice de la vie privée qui pourrait peser lourd, puisque d’après certains spécialistes, la blockchain pourrait représenter 20% du marché Big Data d’ici 2030, et ainsi produire un revenu annuel de plus de 100 milliards de dollars, soit plus que Visa, Paypal et Mastercard réunis.

Reste à savoir si une telle évolution du marché est possible pour l’Etat, qui ne souhaite pas abandonner son rôle de garant officiel des identités, mais aussi pour les utilisateurs, qui peuvent préférer la simplicité des acteurs centralisés à la confidentialité de leurs données.

Vers une alternative plus durable ? 

Il est néanmoins difficile de considérer la blockchain comme une technologie infaillible sur le plan technique. En effet les smart contracts (une application qui enclenche automatiquement une action lorsque des conditions spécifiques sont remplies) reposent sur des données externes, appelées Oracle, pour s’enclencher. Il suffit alors que ces données soient erronées pour que le smart contract soit défaillant.

Avec le développement de cette technologie et la démocratisation de ses usages, la blockchain est aussi confrontée à un fonctionnement plus lent. En effet, la difficulté du  « minage » (l’action qui permet de valider les blocs) augmente au fur et à mesure que les « mineurs » s’équipent de matériel plus puissant, rendant la validation des blocs plus longue (environ 10 minutes par transaction pour les bitcoins).

Une ruée vers la puissance informatique qui entraîne des conséquences écologiques, avec une plus forte demande en électricité. Alors qu’un amendement propose de baisser le coût de l’électricité pour les centres de minage (ce qui représente 95% de leurs coûts de production), chaque transaction bitcoin nécessite 215 kWh, soit près la consommation hebdomadaire d'un foyer américain.

Pour contrer cet effet pervers de l’essor de la blockchain, une technologie alternative est en développement : la holochain, un système qui se veut plus performant, plus accessible et moins cher. Elle ne nécessitera pas d’ordinateur mais des boitiers spéciaux beaucoup moins coûteux en énergie, appelé Holoports, qui seront distribués à travers le globe pour relier tous les acteurs de ce nouveau réseau.
 

Sur le plan juridique aussi, la blockchain présente des limites, notamment avec le RGPD qui octroie un droit à l’oubli pour tous les internautes. Toutes les personnes concernées ont le droit de demander la rectification voire l’effacement des données, ce qui n’est pas possible dans une chaîne de blocs où toutes les informations gravées restent inaltérables.

La gestion des données, qu’elles soient personnelles ou relatives à la chaîne de production, devrait connaître un réel bouleversement au travers de la blockchain, en rendant la data plus visible et plus sûre. L’apparition de smartphones compatibles blockchain comme l’Exodus, devrait rendre la technologie plus accessible pour l’usager lambda tout en la démocratisant. Pour explorer les autres usages de la blockchain, vous trouverez nos autres articles dans la section "Sur le même sujet", ci-dessous :