Le premier bilan du bus gratuit à Dunkerque

En devenant la plus grande ville de France à offrir un accès libre à son réseau de bus, Dunkerque a voulu expérimenter la question de la gratuité des transports sur le terrain. Grâce à l’Observatoire des villes du transport gratuit, créé le 5 juin 2019 à l’initiative conjointe de l’Agence d’urbanisme de la région Flandre-Dunkerque, de la Communauté urbaine de Dunkerque et de l’association de chercheurs VIGS, une étude a pu évaluer les conséquences de cette mesure.

Menée durant un an sur la commune de Dunkerque, la dernière étude de cet observatoire met en effet des chiffres sur le nouveau réseau de bus gratuit, mis en place en septembre 2018.  En recueillant les témoignages de 2 000 usagers, cette étude vise à mesurer l’impact de la gratuité sur les habitudes de mobilité des dunkerquois.

Parmi les chiffres clefs de cette expérimentation, 50% des usagers déclarent avoir changé leurs habitudes en prenant le bus « plus souvent » voire « beaucoup plus souvent ». Pour ceux-ci, la gratuité constitue l’élément déclencheur dans l’usage de ce nouveau réseau dans 4 cas sur 5. En plus de la gratuité, ce nouveau réseau est composé de cinq lignes « Chrono », c’est-à-dire avec un passage toutes les 10 minutes, une première pour Dunkerque, qui rend ainsi plus performant son réseau du bus.

Toujours au sein de ces 50% d’usagers ayant changé leurs habitudes de mobilité, ils sont 48% à avouer avoir remplacé leur véhicule motorisé par le bus. Des automobilistes convertis donc, mais qu’en est-il des trajets à vélo ? Seuls 5,7% des nouveaux usagers déclarent utiliser le bus pour des trajets qu’ils réalisaient à vélo auparavant. Un chiffre qui s’explique par la part très faible des trajets faits à vélo dans l’agglomération dunkerquoise (seulement 2%).

Autre effet sur la mobilité des dunkerquois, 10,5% des usagers déclarent prendre le bus pour des trajets qu’ils faisaient auparavant à pied. Une statistique qui ne reflète pas réellement l’effet du bus gratuit sur la sédentarité des dunkerquois puisque 20% des interrogés ont constaté qu’ils marchaient plus qu’avant. C’est notamment le cas des anciens automobilistes qui se déplaçaient d’un point A à point B au volant de leur véhicule, et qui aujourd’hui marchent jusqu’à l’arrêt le plus proche pour aller au travail, faire leurs courses ou encore sortir en ville.

Une étude qui met en lumière les avantages de la gratuité et de son efficacité dans le succès d’un réseau de transports en commun, mais aussi les conséquences de ce succès sur le nomadisme des habitants, plus enclins à compléter leurs trajets à pied. De quoi imaginer d’autres bénéfices sur la qualité de vie et la santé des habitants. Si ces premiers résultats sont de bon augure pour la pertinence de la gratuité dans les transports en commun, d’autres interrogations restent en suspens sur son impact notamment en termes d’éventuelles dégradations ou de modèle économique. 

Crédit photo de couverture : CC BY-SA 3.0 - Alcyone