Chemins de traverse

Lorsque les voies dessinées par la ville ne mènent pas directement à destination les piétons votent avec leurs pas...

Qui n’a jamais utilisé un raccourci afin d’arriver plus rapidement à destination ? C’est de cette habitude qu’est né le phénomène des « Desire Paths », des voies alternatives et dessinées par la routine de ses usagers . Ces chemins illustrent la tension entre l’environnement aménagé et celui souhaité par les habitants, mais peuvent aussi refléter leurs aspirations et constituer une expertise d'usage dont pourraient se serivr les urbanistes.

Outre une représentation de la volonté des usagers, ces chemins dessinés sont aussi le fruit d’une routine et du désir de sortir des sentiers battus lorsque nous empruntons le même chemin pendant des années.  Le sujet bénéficie même d’une communauté sur Reddit, où une centaine de milliers de personnes se réjouissent de l’aspect parfois illogique ou mystérieux, que ces voies dessinées par les piétons peuvent conférer au paysage.​​

Plutôt que de punir ce genre de pratiques parfois qualifiées de « désobéissance civique », l’architecte et urbaniste Ricardo Martini préférerait les incorporer officiellement au paysage urbain : « Certains chemins font dépenser des fortunes à la construction, pour au final être délaissés des usagers qui préfèrent emprunter des voies plus rapides ». L'exemple de l'université du Michigan est représentatif de cette logique : les professeurs et les élèves avaient carte blanche pour se promener dans le campus comme ils le souhaitaient,  une fois les chemins plus ou moins dessinés, l'université les a intégré dans l'aménagement de ses voies piétonnes. 

Enfin, ces chemins peuvent aussi constituer une empreinte historique de la ville. Selon Martini, la « Cowgate » d’Édimbourg dessine la voie qu’empruntaient les bergers pour amener leurs moutons au marché dès le Moyen-Âge. Une preuve que les "Desire Paths" peuvent évoluer dans le temps et constituer un réel repère chargé d'histoire en ville

Reflets d’une volonté ou empreintes historiques, ces chemins alternatifs sont bien la preuve que nos pas façonnent le monde et devraient constituer un modèle pour les urbanistes voulant améliorer la marchabilité en ville. 

Crédit photo de couverture : Alan Levine