La pollution sonore, mal silencieux des villes

La saison des festivals commence à peine, mais si vous voulez faire rugir vos oreilles, il vous suffit de rester en ville ! L’entreprise Mimi Hearing Technologies vient de publier son World Index Hearing, le classement des villes selon leur rapport au bruit. Ce panorama sonore remet sur le devant de la scène la problématique de la ville bruyante, où la pollution sonore reste encore un mal invisible, extrêmement nuisible pour la santé et le confort de tous

Beaucoup de bruit pour rien

Trop, c’est trop, nos oreilles n’en peuvent plus : c'est la conclusion de l’enquête de Mimi Hearing Technologies. Spécialisée dans les technologies auditives, l’entreprise allemande a croisé les données de 200 000 de ses utilisateurs avec les niveaux sonores de leur environnement urbain. Les résultats se présentent sous la forme d'une carte (disponible ici) identifiant 50 villes mondiales selon leur influence sur les capacités auditives de leurs habitants. Et les résultats ne sont pas très beaux à voir (ou à entendre).

En moyenne, un habitant de la ville perdrait l'équivalent de 10 à 20 ans de ses capacités auditives en étant soumis quotidiennement aux nuisances sonores de la ville. Les plus mauvais élèves de ce classement sont en Asie, avec Guangzhou (Chine), Pékin (Chine) et New Delhi (Inde) où l’index enregistre une perte moyenne de 19,34 ans de capacités auditives. En Europe, la capitale française est la ville où la pollution sonore est la plus forte, Paris figurant en 4e position de ce classement, juste après Le Caire

Pour emmener nos oreilles en vacances, il faudrait partir pour la Suisse, où Zurich enregistre le niveau de nuisance sonore le plus bas, ou encore à Vienne. La capitale autrichienne, déjà reconnue pour sa qualité de vie idéale, est la ville où les habitants enregistrent la plus faible perte auditive... qui reste tout de même de 10 ans.

La pollution sonore, nouvel ennemi de la ville ?

Lors de sa conférence sur le bruit, la Commission européenne désignait la pollution sonore comme le « tueur silencieux » des villes. Et pour cause : plusieurs études font aujourd’hui le lien entre environnements bruyants et dépression ou encore maladies cardiovasculaires. Les effets sont particulièrement néfastes pour les enfants, dont les capacités de concentration et d’apprentissage peuvent être réduites suite à des périodes d’exposition régulières au bruit.

Le bruit se présente ainsi comme un mal insidieux, dont les effets ne se mesurent que dans le temps. Le constat est d’autant plus inquiétant en ville, où les habitants sont souvent soumis quotidiennement à des environnements bruyants inévitables. La BBC a montré que le métro londonien enregistre par endroit des degrés de décibels bien trop élevés, qui nécessiteraient le port de protections auditives obligatoires s’il s’agissait d’un lieu de travail. 
   

L'enquête menée par la BBC dans le métro londonien montre que le niveau sonore est bien trop élevé dans certaines stations, comme on peut l'entendre dans la vidéo.

Quand les villes baissent le son

Comment rendre la ville audible et confortable ? La nuisance sonore est citée comme l’un des problèmes majeurs de la qualité de vie en ville. Pour L’Organisation Mondiale de la Santé, l’exposition aux bruits ne doit pas excéder 8 heures, en restant dans la limite des 85 décibels (l’équivalent d’une voix humaine). Pour répondre à cette problématique, le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne ont adopté en 2002 une directive relative à l’évaluation et la gestion du bruit. Celle-ci préconise la constitution de cartes sensibles dans les zones de plus de 100 000 habitants, dans le but de constituer des plans d’actions affectant la gestion du trafic automobile (déviations, limitation de vitesse) ou la constructions de barrières sonores.

La pollution sonore étant un mal qui nous concerne tous, des communautés se constituent également pour accompagner la recherche dans les villes bruyantes. Grâce à des applications comme Noisetube en Belgique, NoiseScore à Boston ou Hush City à Berlin, les citadins participent à la construction de cartes collaboratives pour identifier les nuisances sonores de leur ville, ou à l’inverse, trouver les lieux paisibles au cœur de la jungle urbaine. Alors, bientôt un peu plus de calme en ville ?

Crédit image illustration : Kidioui