Les villes se délivrent du carbone

A l’heure des appels à l’action pour encourager la transition écologique, le ministère de la Cohésion des territoires a récemment annoncé un seuil carbone maximal dans la Réglementation Environnementale 2020, afin de diminuer l’impact carbone des bâtiments.

Etant donné que le secteur du bâtiment représente 25% des émissions de gaz à effet de serre , l’importance de remédier à son impact est d’envergure, voire primordiale si l’on considère les estimations de l’ONU, prédisant une hausse de 3 à 5 degrés de la température globale d’ici la fin du siècle. Depuis l’été 2017, le Plan Climat de Nicolas Hulot prévoit une Stratégie Bas Carbone, dans laquelle se trouve notamment une décarbonisation « quasi-totale » du secteur du bâtiment d’ici 2050.
 
En 2018, 19 métropoles du C40 promettaient que tous les nouveaux bâtiments construits sur leur territoire seraient zéro carbone courant 2030. Cette promesse devrait s’étendre à toutes les villes d’ici 2050. Une ambition qui fait l’unanimité auprès de villes à l’image de Copenhague, Tokyo et New York, toutes au cœur de la mondialisation et des enjeux climatiques. L’objectif du zéro carbone fait référence aux efforts des pays pour limiter la hausse des températures à 1.5°C et les émissions polluantes, comme convenu lors de la signature de l’Accord de Paris (2015), dans lequel une majorité des gouvernements se sont engagés pour lutter contre le dérèglement climatique.
Si certains bâtiments en bois poussent sur le paysage urbain, comme nous en parlions dans notre article sur le sujet, les constructions à faible émission devraient se multiplier. Vers la nécessité d’une société décarbonée, retour sur la question du bas carbone et le défi du zéro carbone, à l’échelle du bâtiment.

 

Le bas carbone remodèle les vi(ll)es

 
En France, le secteur du bâtiment représente 43% des consommations énergétiques  (contre, par exemple, 31,3% pour les transports). En effet le secteur du bâtiment est à l’origine d’émissions directes (appelées scope 1) propagées suite à la consommation de gaz et de fioul lors de l’usage des bâtiments. D’où l’intérêt pour les acteurs du secteur de développer des solutions innovantes, et construire des bâtiments aussi décarbonés que possible.
Un bâtiment est présenté comme bas carbone dès lors qu’il inclut une construction raisonnée, basée sur une construction en circuit court, limitant les émissions de dioxyde de carbone. Le bas carbone inclut aussi le recours à des systèmes faiblement carbonés sur toutes les phases d’exploitation du bâtiment, à l’image des systèmes de chauffage et de refroidissement fonctionnant aux énergies renouvelables (solaire, thermodynamique, géothermie, éolien domestique). En outre, le bas carbone privilégie l’utilisation de matériaux biosourcés et recyclés, adaptés à l’isolation des bâtiments (pailles, bois, fibres végétales, textiles recyclés).
L’utilisation du bois fait partie des solutions bas carbone utilisée par les acteurs de la construction. C’est ainsi que sur une ancienne friche industrielle s’est hissée le plus grand bâtiment résidentiel en bois massif d’Europe… et il se trouve en France ! Aux bords de la Seine, à Ris Orangis (Essonne), un immeuble d’habitation (successions de maisons individuelles à étages), imaginé par l’architecte Jean-Michel Wilmotte et porté par Eiffage immobilier regroupe un total de 140 logements, tout en ayant une faible empreinte carbone et une capacité à réduire d’un tier les besoins en énergie des logements actuels. Ce bâtiment est l’un des pionniers du label Bâtiments Bas Carbone.
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Au-delà du bois, un immeuble de bureau bas carbone devrait émerger à Saint-Ouen, dans le futur village olympique de la ville. Une infrastructure composée de béton bas carbone (matériau avec un taux de réduction de carbone pouvant aller jusqu’à 40%). Conçu par l’agence DREAM (Dimitri Roussel Ensemble Architecture et Métropole), l’immeuble devrait intégrer un food court, des espaces de travail et une salle de jeu.
En matière de construction à faible émission de carbone, la Norvège sait aussi y faire. Depuis plusieurs années, le pays souhaite maintenir l’objectif de décarbonisation et ce par un ensemble de projets de construction. A ce titre, des tours en bois ont fleuri dans les cités norvégiennes, notamment à Brumundal avec la Tour Mjøstårnet. Un bâtiment en bois qui s’élance sur 85,4 mètres de hauteur, et qui vient concurrencer les tours Treet de Bergen, toujours en Norvège (52,8 mètres de haut), ou au-delà, la Brock Commons de Vancouver (53 mètres). 

Pour ce qui est du zéro carbone, les constructeurs ont encore des défis à relever. En principe, un bâtiment est zéro carbone quand il est construit avec une empreinte carbone aussi nulle que possible, utilisant de l’énergie de manière efficace et approvisionnée par des sources renouvelables, tout en gardant sa performance. En outre, selon l’étude du Canada Green Building Council (CaGBC), une caractéristique de la maison zéro carbone est de donner la priorité à la réduction de la demande en énergie tout en satisfaisant les besoins existants.
 Un bâtiment zéro carbone est aussi caractérisé comme un bâtiment décarbonisé produisant une énergie renouvelable, dans une quantité suffisante pour compenser sa propre émission annuelle de carbone. Un bâtiment permettant d’évaluer la présence du carbone dans les matériaux utilisés pour la fabrication
Pour qu’un bâtiment soit considéré comme zéro carbone, le CaBDC estime que celui-ci doit être alimenté par des énergies renouvelables disponibles selon les territoires dans lequel le bâtiment est construit.
 
 

Dans son étude « Making The Case For Building To Zero Carbon » (février 2019), le CaGBC a également passé en revue une panoplie de bâtiments (résidentiels, scolaires, magasins et entrepôts) à l’échelle des villes canadiennes telles que Vancouver, Calgary, Toronto, Ottawa ou encore Montréal, dans l’objectif de prouver que les bâtiments zéro carbone sont techniquement et financièrement constructibles. 
Ainsi, le Conseil du Bâtiment Durable du Canada (CBDCa) a officiellement lancé, depuis 2016, une nouvelle norme sur les « Bâtiments à Carbone Zéro », pour appuyer les efforts du Canada en matière de réduction des émissions de GES d’ici 2030. Une démarche qui devrait, selon le Vice-Président des programmes de construction écologique du CBDCa, permettre d’économiser 7,5 mégatonnes d’émissions de GES chaque année.
Côté européen, les Pays-Bas ont aussi opté pour des solutions neutres en carbone, avec le bâtiment « le plus durable et écologique d’Europe », nommé The Edge. Un immeuble de bureaux au cœur d’Amsterdam qui atteint un score de durabilité frôlant les 100%, grâce à ses panneaux solaires, un système de stockage de chaleur et de froid et sa récupération des eaux de pluie pour l’eau des toilettes. Le bâtiment consomme 70% d’électricité en moins qu’un bâtiment classique de même superficie.  

Au-delà du contexte international, un exemple français s’est distingué dans la course au zéro carbone. En effet, dès 2006, la ville de Nanterre construisait déjà une école zéro carbone, le Groupe Scolaire Abdelmalek Sayad. L’objectif était de donner suite au Plan Climat Territorial de la Mairie de Nanterre, et de réduire les émissions de GES du patrimoine de la commune. Toujours à Nanterre, la Green Home a également été construite courant 2016. Un bâtiment, conçu autour du concept Zero Heat Energy (bâtiment sans besoin de chauffage), regroupe des logements zéro énergie et zéro carbone, avec un bénéfice attendu d’une réduction de 90% de l’empreinte carbone sur la consommation d’énergie du bâtiment.
Bien que certaines villes se conforment déjà au modèle du bas carbone, certaines solutions restent à creuser avant de voir fleurir des bâtiments à neutralité carbone tous azimuts.

Les acteurs de la construction semblent tous se mettre au bas carbone, et les enjeux écologiques actuels pourraient pousser les intervenants du bâtiment à opter pour le zéro carbone. Toutefois, le chemin reste à paver avant d’aboutir à une ville zéro carbone. Le bas carbone n’a pas besoin de rimer avec destruction d’ancien bâtiment pour s’installer dans nos villes, mais aussi avec rénovation. C’est l’exemple qu’ont voulu illustrer la société Novaxia et l’agence d’architecture La Nouvelle AOM, à travers leur projet de transformation et de réhabilitation du Conseil du Département du 92. Prévu pour 2023, le projet devrait transformer les bureaux du bâtiment, devenus obsolètes, en un nouveau campus comprenant notamment un espace de coworking.
 
 

Crédit photo de couverture : Pexels / Bianca