Des cartes pour faire bouger les lignes de bus

Alors que Google Maps souhaite pouvoir indiquer l’occupation des bus, tram et métro dans quelques grandes villes du monde, d’autres, en revanche, n’ont pas encore formalisé leur réseau de bus sous forme d’une cartographie disponible pour tous.
Dans les pays émergents notamment, la multiplicité des acteurs privés opérant des systèmes de transport (bus, taxi, matatu…) rend parfois délicate la lecture de l’offre de mobilité. Et pourtant, les enjeux sont d’autant plus importants que ces villes sont souvent impactées par une congestion croissante de leur réseau routier.
 
A Beyrouth, un groupe d’étudiants a créé une startup, Yalla Bus, pour communiquer une information en temps réel sur les horaires de bus. Problème : il leur manque avant tout une simple carte des lignes de bus qui traversent la capitale. Ils se sont ainsi lancés dans une cartographie minutieuse et manuelle des différents itinéraires. Ils se sont renseignés auprès des divers opérateurs (privés) et les ont même convaincus d’installer des capteurs GPS dans leurs bus, avec pour objectif de déployer une appli permettant de calculer son itinéraire via l’offre de bus.
 

Dans d’autres villes, la collecte des données de mobilité urbaine se base sur des outils collaboratifs en ligne. A Nairobi, au Kenya, des groupes locaux ont ainsi récolté l’ensemble des données du système de minibus privés (des matatu). Traduites sous forme de cartes, ces informations ont ensuite pu être échangées avec l’autorité nationale des autoroutes, pour proposer de nouvelles recommandations en vue d’un système de bus rapide dans la capitale kenyane.
A Amman, la capitale jordanienne, une aventure similaire a conduit l’initiative Maan Nasel à créer la première carte des lignes de bus opérant sur le territoire. L’objectif est ainsi de rendre compte du réseau existant, alors que les habitants n’ont pas conscience de l’offre de transport à disposition, imaginant que la carte du réseau actuel est celle d’un projet à venir. Avec cette initiative, le groupe entend bien augmenter le taux d’utilisation du réseau de bus et taxis de la ville. Les volontaires ont imaginé eux-mêmes des points pour héler le conducteur, à défaut d’arrêts de bus, et tout un système de numérotation des lignes de bus pour aider les utilisateurs à les différencier.
 

Enfin, dans la ville du Cap en Afrique du Sud, le projet WhereIsMyTransport suit également ces méthodes et objectifs. Nommé par Le Monde dans la catégorie Mobilité de son prix de l’innovation urbaine 2019, WhereIsMyTransport souhaite cartographier ces réseaux de transport informels, à partir de données regroupées sur une plateforme pour en assurer la diffusion et permettre, à terme, de développer des solutions de planification d’itinéraires.
 
Si nous avons l’habitude d’avoir à disposition des données de mobilité dans les métropoles, le chemin est encore complexe pour nombre de villes émergentes. Entre absence de données publiques et coexistence de nombreux acteurs privés, ce sont souvent les initiatives citoyennes qui permettent de planter les jalons d’une cartographie fidèle des réseaux de transport sur place. A Paris, même si le réseau est plus structuré, ce sont aussi les retours des habitants qui ont alimenté la modernisation du réseau de bus, quasiment inchangé en 50 ans, et remis au goût du jour le 20 avril dernier.

Crédit photo couverture : Nicolás Cabrera (CC BY-NC-ND 4.0)