Le design à l'écoute de l'inclusion

466 millions de personnes dans le monde souffrent de déficience auditive handicapante selon l’OMS, pourtant le bien-être des sourds et malentendants n’est que trop rarement mis au centre des priorités des architectes et urbanistes. Les espaces peuvent être trop bruyants ou trop sombres pour lire les signes ou sur les lèvres. Les trottoirs sont souvent trop étroits ou bondés pour permettre de bien communiquer en langage des signes. La solution à ces questions d’aménagement pourrait bien venir de l’Université Gallaudet à Washington D.C., la première école d’art pour les étudiants sourds et mal entendants.

L’université a donné naissance au « DeafSpace Design » ou « Design d’espace sourd », il y a près d’une dizaine d’années. Un concept issu du design for all, qui lui-même place les aménagements à portée d’utilisation de chacun, quel que soit leur âge, sexe ou handicap.

Pour ce faire, l’école a confectionné « DeafSpace Guidelines », un guide qui dessine les grandes lignes d’une ville plus adaptée aux personnes sourdes et malentendantes, grâce aux différentes observations menées sur le campus. Le groupe de recherche a par exemple constaté que des chaises plus légères permettaient aux étudiants de les déplacer, et ainsi créer un cercle de communication plus large. Plus intéressant encore, le simple fait d’enlever les accoudoirs de ces mêmes chaises facilitaient les mouvements plus amples et donc la communication entre les interlocuteurs.

Ces travaux passent aussi par l’aménagement des salles de classes, où les tables sont disposées de manières circulaires et non pas rectilignes, permettant aux élèves d’interagir entre eux. Un campus inclusif c’est bien, mais comment le traduire hors des murs de l’école ?

Tout d’abord par des trottoirs plus larges, pour donner l’espace nécessaire à la communication en langage des signes. Mais aussi par une conception du trottoir plus piéton-friendly, même pour les usagers entendants, à l’instar des « bateaux » ou abaissements de trottoir localisés, conçus pour les fauteuils roulant et facilitant l’usage du vélo et de la trottinette.

Autre idée pour améliorer la communication des piétons, des bancs mis face à face pour inciter l’interaction entre les usagers, plutôt que mis côte à côte ; ou encore un éclairage doux et diffus qui permettrait la bonne compréhension des signes ou la lecture sur les lèvres, une fois la nuit tombée.

Le milieu urbain peut aussi être dangereux pour ces personnes, qui ne peuvent pas percevoir le bruit d’une voiture ou les avertissements des autres usagers. Pour assurer la sécurité des passants, le simple fait d’arrondir les angles des intersections donneraient plus de visibilité sur le prochain croisement, pour les chercheurs de l’Université Gallaudet.

Même sur le plan acoustique, de nombreuses améliorations sont à envisager, notamment pour les malentendants portant des appareils auditifs. Très sensibles à la réverbération causée par les matériaux métalliques ou les surfaces dures, ceux-ci seraient donc à remplacer pour améliorer le confort des usagers.

Une vision de la ville qui est en passe de devenir bien réelle, puisque l’université de Gallaudet travaille avec le développeur immobilier JBG Smith pour créer des espaces résidentiels, commerciaux et de travail de plus de 100 000m2, appropriés pour les usagers sourds et malentendants à Washington D.C.
 
Améliorer la communication, la mobilité mais aussi la sécurité des sourds et malentendants, voilà des objectifs qui nécessiteront des aménagements de taille dans nos villes, mais qui bénéficieront à tous les habitants pour une ville au design universel.