Cultiver les bonnes pratiques de végétalisation

La nature continue de se frayer un chemin à Paris ! 4 lieux emblématiques de la capitale devraient voir s’implanter des forêts urbaines, prévues pour 2020. Mais quels sont les enjeux de la végétalisation en ville et quelles sont les solutions à développer ? 

La végétalisation en ville offre une multitude d’avantages : création d’îlots de fraîcheur, absorption du CO2, développement de la biodiversité, etc. Pourtant Paris fait partie des espaces urbains encore trop peu végétalisés : on évoque 9m² d'espaces arborés par habitant, contre 43m2 pour Montpellier, grande championne parmi les villes françaises de plus de 200 000 habitants. Des chiffres issus de Kermap via son service Nos villes vertes, un site web qui évalue le patrimoine végétal des villes de France.

C’est pour étoffer sa couverture végétale que la Ville de Paris a annoncé la création de 4 forêts urbaines autour de 4 sites historiques : le parvis de l’Hôtel de Ville, l’Opéra Garnier, la Gare de Lyon et une partie des voies sur berges situées rive droite. En parallèle de ce projet d’aménagement, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a aussi prévu une opération de « débitumisation » qui aura lieu dans 28 cours d’école, portant à 31 le nombre de cours d’école « oasis » dès la rentrée de septembre.

Pourtant tous les arbres ne sont pas bons à planter pour contrer les effets de la pollution en ville, au contraire : ils peuvent même les aggraver ! Certains arbres, comme le peuplier, le platane ou certaines espèces de saules et de chênes émettent des composés chimiques volatils (COV) qui peuvent dégrader la qualité de l’air en transformant l’oxyde d’azote, rejeté par les voitures notamment, en ozone. A l’inverse, le mélèze, le frêne, le bouleau ou encore l’érable ne présentent aucun danger d’amplification de la pollution. Si certaines espèces paraissent plus judicieuses que d’autres à planter dans le contexte parisien, le groupe de réflexion Trees and Design Action Group  recommande d’éviter les « situations de monoculture et de vulnérabilité aux maladies et aux parasites ». Le bon arbre au bon endroit donc …

En tant qu’enjeu de taille pour les villes, la végétalisation urbaine est accompagnée de son lot d’indices de mesure et d’outils pour mieux aiguiller la prise de décision. C’est le cas du logiciel américain i-Tree Eco qui évalue les services écologiques rendus par les arbres afin d’accompagner les décisions de végétalisation. Un outil appliqué pour la première fois en France pour une étude sur l’effet des arbres à Strasbourg. Dans le même sens, l’Urban Forest Ecosystems Institute, un site Internet mis en place par l’Université d’État de Californie, permet de choisir parmi plus de 200 espèces d’arbres, classées selon leurs propriétés et leurs niveaux d’émissions de gaz. 

Pour rendre compte des espaces verts présents dans les agglomérations, le projet Treepedia évalue la couverture végétale de 27 grandes villes grâce au « green view index » (GVI), en utilisant les données de Google Street View. Cet outil, élaboré par des chercheurs du MIT Senseable City Lab en collaboration avec le World Economic Forum, a placé la ville de Paris en dernière position avec un indice de verdissement de 8,8%, derrière Singapour (29,3%), Londres (12,7%) ou encore New-York (13,5%). Cette dernière s’est d’ailleurs dotée de sa propre cartographie du patrimoine arboré avec le New York City Street Tree Map qui référence chacun des 694 249 arbres de la ville selon leur espèce, avec la possibilité pour chaque utilisateur d’indiquer le soin qui leur est porté (arrosage, élagage etc…). 
 

Outre l’amélioration du cadre de vie plus agréable pour les citadins, les projets de végétalisation en ville font partie des solutions les plus pragmatiques pour contrer les effets de la pollution urbaine. Toutefois, un choix intelligent des espèces à planter en fonction de leur localisation, orienté par des outils fiables, reste nécessaire pour réellement bénéficier de leurs bienfaits.