Voir la vi(ll)e en blanc pour contrer les îlots de chaleur

10 à 12 degrés, c’est la différence de température que l’on peut constater entre un îlot de chaleur urbain et les secteurs environnants. Un phénomène causé principalement par l’émission de chaleurs anthropiques (moteurs, réseaux de chaleurs, systèmes de climatisation, usines, eaux chaudes circulant dans les égouts, etc.) plus abondante dans les villes, et l’absorption de la chaleur par les bâtiments vitrés et les surfaces noires comme le goudron.

Si la végétalisation se présente comme une solution pragmatique pour rafraîchir nos villes, une approche complémentaire pourrait être de repeindre en blanc le tissu urbain. Plusieurs pays au climat chaud, comme la Grèce, ont déjà adopté une architecture immaculée, grâce à la chaux, pour renvoyer la chaleur. Un concept qui séduit de plus en plus l’urbanisme moderne pour les bâtiments mais aussi les routes …

Le « cool roof », une technique consistant à repeindre le toit des immeubles en blanc, attire en effet de plus en plus de grandes métropoles, comme New-York où 10 millions de mètres carrés de toits d’immeubles ont été peints en blanc, réduisant ainsi de 40% l’utilisation des climatiseurs. De quoi rendre la ville moins énergivore tout en contrant l’effet des îlots de chaleur.

Cette innovation ne trouve pourtant pas ses racines sur nos toits mais dans l’espace. En 1996, la NASA a mis au point une peinture céramique blanche, destinée aux navettes et vaisseaux spatiaux pour réfléchir les radiations solaires. C’est à partir de cet isolant que la société Cool Roof France a créé sa peinture réflective, capable de réduire jusqu’à 40 degrés la température à la surface des toits.

Sur le toit d’un centre commercial de Quimper par exemple, les 7 000 m2 de toiture repeints en blanc ont permis de réduire de 6 degrés la chaleur sous les toits. Au total : 20 000 euros d’électricité ont été économisés, et l’émission de 4 tonnes de CO2 a pu être évitée par an. Une conception du toit qui trouve un écho mondial, puisque Cool Roof France était présent à la COP24 pour défendre ses toits blancs, et a reçu le 1er prix “éco entreprise innovante 2018 » décerné par l’ADEME.

Selon le laboratoire de recherche de Berkeley, l’utilisation à l’échelle mondiale de peintures réfléchissante sur les toits pourrait compenser 24 gigatonnes de dioxyde de carbone, soit l’émission de 300 millions d’automobiles roulant pendant 20 ans. Néanmoins, toujours selon ce groupe d’experts, cette technique du toit froid se révèle surtout avantageuse en été, les besoins en chauffage augmentant en hiver à cause de l’énergie thermique du soleil non-absorbée.

Mais le blanc se décline aussi sur nos routes ! L’asphalte noir absorbant entre 80% et 95% des rayons du soleil, la température à la surface des routes californiennes peut grimper jusqu’à 60 degrés celsius. Pour rafraichir les routes de Los Angeles, les services de la Ville ont recouvert l’asphalte d’un revêtement clair pour une expérimentation en 2017. Ces "cool pavements" ou "chaussées fraîches" ont rafraichi de 6 à 7 degrés la température de ces rues tout en économisant l’énergie nécessaire pour les éclairer grâce au réfléchissement de la lumière.

A Paris, un coup de peinture similaire était envisagé lors du budget participatif de 2018, et adopté par les parisiens, avec 20 000 voix. Cependant, la mairie avait indiqué que ce projet, encore en suspens, ne pourrait se réaliser que sur des rues piétonnes, à cause de l’interdiction des marquages au sol qui ne sont pas prévus par le code de la route.

Si le blanc peine à s’imposer dans nos rues à cause de difficultés administratives, il trouve de plus en plus sa place sur les toits de l’hexagone et dans le monde avec des résultats concrets sur la température des centres urbains. De quoi imaginer une nouvelle manière, complémentaire à la végétalisation, de rafraîchir nos villes en limitant la formation d’îlots de chaleur urbain.

Crédit photo de couverture : Cool Roof France