Le Salon Autonomy, zoom sur les mobilités de demain

Ces 16 et 17 octobre se tenait le salon Autonomy, à la Grande Halle de la Villette, à Paris. Depuis 4 ans, ce rendez-vous annuel des nouvelles mobilités regroupe exposants, start-ups et intervenants internationaux pour deux jours d’échanges et de présentations sur les nouveaux services de mobilités. Retour sur ce qui a retenu notre attention, au fil des allées et des interventions.

La donnée au centre des enjeux de mobilité​

On le sait, le poids de la data dans nos villes est toujours croissant. Sa maîtrise et son utilisation posent des défis de gouvernance et d’organisation, mais ouvrent aussi la voie à des services plus efficaces et efficients, et des politiques publiques répondant au mieux aux problèmes mesurés.

Autour d’une table ronde sur ces questions, les acteurs de la mobilité en Ile-de-France révèlent les challenges comme les opportunités de ces nouvelles données de mobilité. Après avoir longtemps reposé sur des données traditionnelles de comptage manuel ou mécanique, les acteurs de la mobilité disposent aujourd’hui d’une source quasi infinie de données sur nos déplacements : nos smartphones. Si l’enjeu de l’anonymisation des utilisateurs et de protection des données personnelles est de mieux en mieux intégrée, ces informations sont riches en enseignement pour tous ceux qui parviennent à les capter. 

Finis donc (ou presque) les comptages laborieux, coûteux et peu fréquents. A la place, nos téléphones, et les bornes Wi-Fi dans certains cas, révèlent nos habitudes de déplacement, pour améliorer les services en conséquence. Nos compagnons numériques laissent entre 250 et 1 000 points GPS par jour, soit autant d’informations précises pour connaître en détails les flux qui irriguent les villes et les territoires quotidiennement. Ces nouvelles données permettent aussi de comprendre les déplacements, avant et après le passage entre deux points de contrôle. Ainsi, elles offrent la possibilité aux opérateurs de développer des services plus personnalisés, et d’améliorer le confort et l’expérience du voyageur.

Du côté de l’acteur public, les enjeux sont doubles. D’une part sur la « forme », avec le soutien de modèles de données ouvertes, partageables et interopérables entre acteurs, là encore pour favoriser leur réutilisation. A l’image de l’Open Mobility Foundation, une coalition d’acteurs publics et privés qui défendent notamment l’utilisation de données de mobilité open-source. Les villes et leurs partenaires veulent ainsi avoir leur mot à dire, face à des opérateurs privés et des nouveaux entrants qui établissent souvent leurs propres règles du jeu. Ces données, une fois ouvertes, sont une occasion pour les collectivités de réfléchir à des solutions opérationnelles. A ce titre, des villes comme Paris utilisent des algorithmes pour définir les meilleurs emplacements de stationnements pour les véhicules en free floating. Un dispositif qui devrait voir le jour d’ici la fin de l’année. Les données pourraient aussi servir à une meilleure régulation des feux, pour améliorer la mobilité des personnes malvoyantes et prévenir des dangers potentiels.

L’objectif n’est donc pas de collecter le plus de données possibles, mais bien d’identifier celles qui ont un usage opérationnel et un intérêt concret. Elles peuvent également aider à mesurer l’impact des politiques publiques de mobilité, un sujet sur lequel les acteurs publics manquent encore de mesures précises. Si les travaux de prospective à 2030 élaborés avec le cabinet McKinsey montrent par exemple l’efficacité de certaines politiques, comme les Zones à Faibles Émissions, la modélisation de ces impacts nécessitent de nombreuses données, encore insuffisantes pour généraliser ce genre de projection.

Praticité et sécurité : des innovations pour le quotidien des nouvelles mobilités

Le salon Autonomy, ce sont aussi des innovations qui concernent tous les modes de déplacement. Parmi celles-ci, on retrouve notamment de nouveaux produits et services pour faciliter le quotidien des usagers. La start-up Zoov présentait ainsi sa solution de transfert d’énergie entre vélos, installés sur ses stations : reliés entre eux, ils peuvent se recharger mutuellement pour récupérer jusqu’à 5km d’autonomie toutes les dix minutes. Des vélos sont déjà présents à Bordeaux et à Paris-Saclay, où ils permettent aussi de répondre à une problématique d’espace, puisque les bornes permettent d’accueillir une quinzaine de vélos sur une place de parking classique.

Toujours côté cycliste, on retrouvait sur le salon le nouveau modèle de casque-airbag développé par la marque Hövding. Venu de Suède, il s’agit d’un concentré de technologies qui permet de déployer un airbag en cas de chute (identifiée par un algorithme) et même d’envoyer un message d’urgence à des contacts prédéfinis. Il réduit ainsi les risques pour le cycliste, en cas d’accident, en couvrant la tête du cou jusqu’au front.
Enfin, si ce casque peut avoir une apparence imposante, d’autres travaillent sur des solutions plus discrètes et faciles à transporter pour les déplacements en trottinette. La start-up Overade a ainsi développé un modèle de casque résistant … et pliable ! En quelques secondes, son casque Plixi Fit permet à l’utilisateur de circuler en toute sécurité, avant de le ranger à nouveau, par exemple dans la boîte directement installée sur la trottinette et sécurisée par un verrou connecté. Une solution qui pourrait intéresser les opérateurs de trottinettes électriques, également présents à Autonomy, alors qu’il n’existe pas (encore) d’obligation de port de casque sur celles-ci.

Pour sa 4ème édition, le salon Autonomy réussit donc son pari de réunir pour deux jours des acteurs de différents horizons et différentes latitudes. Les échanges et présentations autour des nouvelles mobilités ont fait la part belle aux thématiques d’actualité : électrification, mobilité servicielle ou encore micro-mobilités

Sur ce dernier sujet, les principaux opérateurs de trottinettes électriques en libre-service étaient bien présents. Autour d’un questionnement sur leurs apports pour les villes, la majorité d’entre eux ont rappelé leur évolution, au cours des précédents mois, pour s’adapter aux exigences des puissances publiques. Dans la perspective de l’appel à projets de la Ville de Paris sur leur marché, les opérateurs ont tous rappelé leur engagement vers un système plus vertueux. Cela suppose notamment des produits plus résistants, et surtout un service de rechargement pris en charge directement par les start-ups elles-mêmes pour celles qui reposaient sur des « juicers ». De quoi répondre aux polémiques récentes, et imaginer la pérennisation de ces services