La place du stationnement dans nos villes

Depuis les premiers pas de la voiture jusqu’au déferlement des trottinettes et vélos électriques dans les rues, le stationnement des véhicules fait l’objet d’interrogations et de conflits. Tandis qu’il y a encore quelques années, seuls les voitures, motos, vélos et autres deux roues nécessitaient une place de stationnement, l’offre de mobilité est aujourd’hui plus large et s’est étendue aux trottinettes et vélos en free floating, voire d’autres modes de déplacements (gyropodes, hoverboards, etc.) qui viennent encombrer l’espace public et nécessitent de nouveaux stationnements.

Le stationnement est l’un des éléments primordiaux pour tous les usagers des modes de déplacements personnels Souvent source de frustration, il peut rapidement devenir un véritable casse-tête dans les grandes villes.
Lors de l’enquête du groupe d’assurance mutuelle française MMA, le Parisien et Ipsos sur l’opinion des Français, 40% d’entre eux déclarent être tracassés par le stationnement. Et pour cause, un automobiliste mettrait en moyenne 30 minutes à avant de trouver une place pour se garer en région parisienne. Le souci de se garer représente donc une contrainte en à la pratique de l’espace public.
 

Par ailleurs, le besoin en stationnement a augmenté au cours des dernières années : selon un rapport de la Cour des comptes sur le stationnement urbain (2015), le parc de voitures automobiles était de 33,8 millions en 2014 contre 27,4 millions en 2000.  En 2019, la voiture est toujours le moyen de transport le plus utilisé en France. 81 % des Français possèdent une voiture en 2017 et, en 2019, ils sont 54% à l’utiliser pour les trajets quotidiens. La question du stationnement des véhicules traditionnels (voiture, deux-roues motorisés…) est donc toujours plus d’actualité. Face à ceux-ci, l’émergence d’autres solutions de mobilité vient marcher sur leurs plates-bandes.
 

Les nouveaux créneaux du stationnement

 
Parmi les nouveaux enjeux du stationnement, l’un des plus visibles, ces derniers mois, était lié aux nouveaux véhicules en free-floating (vélos, trottinettes), qui impactent la circulation piétonne par leur présence sur les trottoirs. La mairie de Paris a ainsi décrété, en juillet 2019, l’interdiction pour les trottinettes de stationner sur les trottoirs parisiens. Elles sont désormais obligées de cohabiter auprès des vélos, motos et voitures suite à la mise en place d’un marquage au sol spécifique, qui délimite le stationnement autorisé dans l’espace public, et qui diminue la gêne pour les passants.

Outre l’essor des micromobilités, le vélo n’est pas en reste. Avec le développement des mobilités à vélo, les collectivités renforcent l’offre de stationnement à destination des cyclistes. C’est le cas par exemple avec le Plan Vélo de la ville de Montreuil où plus de 2000 places sous forme d’arceaux sont installés. Et la ville de Montreuil ne s’est pas arrêtée à cette mesure, puisqu’en 2018, elle a inauguré sa première consigne « vélo sécurisée » labellisé Veligo (dont on vous parlait dans cet article), une mesure qui a permis la construction de 56 places de stationnement sécurisées aux alentours des gares et stations de transports, des places accessibles avec l’abonnement Navigo, à un tarif annuel de 30 €.
 

Plus largement, la ville de Lyon est partie du constat que l’espace public est encore dominé par la présence des voitures (qui occupe 80% de l’espace public) pour s’engager dans une politique de reconquête de l’espace public. Cela l’a conduit à supprimer 4000 places de stationnements sur voirie, pour y installer des pistes cyclables, élargir les trottoirs, et construire 5000 nouvelles places de parking dans des ouvrages dédiés, de 2005 à 2015. Des aménagements qui visent à rééquilibrer la place accordée aux différents modes de déplacements.


Vers le parking intelligent … et autonome ?

Côté stationnement traditionnel justement, puisque la notion de ville intelligente inclut la possibilité d’un stationnement intelligent, les opérateurs se multiplient pour proposer des offres dans ce domaine. C’est le cas de Zenpark, une start-up qui offre un service de parkings partagés en Europe. Les usagers de l’application accèdent à un réseau de parking partagé, constitué d’un ensemble de partenaires tels que des hôtels, bailleurs résidentiels, maisons de retraites ou encore exploitants de parkings, permettant ainsi de connecter la disponibilité des parkings peu ou sous-exploités en temps réel. Une démarche qui a séduit des investisseurs tels que la RATP et EDF. D’autres solutions, comme Onepark qui est une plateforme de réservation de parking sur internet et sur appli mobile, occupent également ce créneau.

Si ces opérateurs se font un nom dans l’univers du stationnement extérieur, d’autres entrent dans la course aux technologies avancées, à l’image de Parking Map qui cartographie en temps réel les stationnements disponibles, à partir de différentes technologies de détection, pour identifier les places libres notamment en stationnement sur voirie. L’objectif est ainsi de fluidifier le trafic en facilitant la recherche d’une place pour les automobilistes, et de mettre à disposition ces services auprès des collectivités et gestionnaires de parkings. Les données récoltées par l’application permettent aux gestionnaires de parking de gérer les infractions, et d’augmenter le taux de rotation des véhicules.
 

Les municipalités prennent aussi le problème à bras le corps. La ville de Landerneau, en Bretagne, veut par exemple mettre en place des capteurs intelligents, installés sur les candélabres des parkings de plusieurs zones, afin de transmettre les disponibilités en temps réel. Une solution qui pourrait améliorer la disponibilité des places de parking pour les habitants.  En Ile-de-France, un groupement dirigé par Colas et composé d’acteurs comme ParkingMap, Zenpark, Nokia et OpenData Soft expérimentent un service de stationnement mutualisé et intelligent sur le parking du campus Paris-Saclay.
Si, de nos jours, la notion de parking intelligent rime surtout avec un accès à une disponibilité en temps réel pour les conducteurs, ces informations pourraient s’avérer utiles pour les intelligences artificielles aux volants des voitures autonomes de demain.

Selon l’étude de Capgemini menée en mai 2019 sur les véhicules autonomes, le marché pourrait s’avérer conséquent : 1 consommateur sur 2 souhaite expérimenter un véhicule autonome au cours des cinq prochaines années. Et les industriels sont plus en plus nombreux à être séduit par le modèle, puisque 33 millions de voitures autonomes pourraient être vendues chaque année dans le monde à partir de 2040, selon l’étude publiée par l’IHS Markit. Une évolution qui ne sera pas sans conséquence sur la gestion de l’espace public, de la voirie et du stationnement en ville.

Etant donné que le secteur de l’autonomie des voitures pourrait représenter pas moins de 26% du marché automobile mondial, une adaptation de stationnement sera nécessaire. Bien que la voiture autonome promette, comme son nom l’indique, un certain niveau d’autonomie, celle-ci devrait inclure des zones de stationnement ou de recharge. L’analyse de l’OECD Insights (2015) estime que les voitures autonomes pourraient offrir une mobilité identique à celle des voitures traditionnelles alors même que leur nombre pourrait être réduit de 90%. Par ailleurs, cette évolution pourrait sonner la fin du stationnement en voirie. Un nouvel acteur qui entre dans la course, et obligeant la ville à, sur le long terme, se préparer au stationnement de demain.

Crédit photo de couverture : Pexels / Pok Rie