Trop frais ta ville #2

Comme nous l’avons remarqué cet été, avec des températures avoisinant les 42°C, nos villes denses et souvent minérales sont particulièrement exposées aux phénomènes caniculaires. Puisqu’il est prévu que les températures connaitront une hausse de 2°C à 4°C d’ici la fin du siècle, ces aléas climatiques suggèrent un ajustement des territoires pour limiter les îlots de chaleurs qui affectent la ville.

L'eau non potable, une ressource contre la chaleur

Paris a une particularité qui pourrait pallier la hausse des températures en été : son réseau d’eau non potable. Depuis la fin du XIXe siècle, le sous-sol de la capitale couvre un réseau dédié à l’eau non potable, issue du Canal de l’Ourcq et de la Seine, et exploitée par les trois usines d’Eau de Paris. Le réseau d’eau non potable permet de produire une eau à moindre coût et qui consomme moins d’énergie que l’eau potable.

L’eau non potable peut être utilisée pour nettoyer les égouts, les trottoirs et arroser les parcs. Mais elle pourrait aussi rafraîchir les rues ! C’est le principe d’Aéro-Seine, la première flaque climatique de Paris, qui constitue une nouvelle interface du réseau d’eau brute.

Conçu par le Studio Isabelle Daëron, en collaboration avec le bureau d’études OGI, Aéro-Seine est lauréat de l’appel à projets “Faire Design”, accélérateur de projets urbains et architecturaux innovants créé par le Pavillon de l’Arsenal, la Ville de Paris, la Caisse des Dépôts et MINI.
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Aéro-Seine est un mécanisme de rafraîchissement urbain. A l’instar des bouches d’arrosages et de lavage, il se présente sous la forme d’une bouche d’aération au sol liée au réseau d’eau non potable de la Ville de Paris. En période de fortes chaleurs, le dispositif s’ouvre grâce à des électrovannes, à des plages horaires spécifiques, par des agents de la propreté. Une fois en marche, l’eau monte à travers une grille et se répand sur une fine surface poreuse, permettant ainsi de conserver le contact entre l’eau et l’air tout en rafraîchissant l’air ambiant.

Le projet offre un îlot de fraicheur, qui s’inscrit dans le design urbain de demain et répond aux besoins de la ville pour lutter contre l’augmentation des températures de façon écologique et durable. Cette flaque est conçue en collaboration avec la Direction de la Propreté de l’Eau de la Ville de Paris, qui assure un contrôle régulier de la flaque. Le dispositif est installé sur la rue Blanchard, dans le 20e arrondissement de Paris depuis juillet 2019. Le prototype s’insère dans le projet de réaménagement de la rue piétonne, qui a pour objectif de faciliter la circulation des piétons et des vélos, en plus de développer les usages dans l’espace public.

Pour l’heure, le dispositif a fait l’objet d’une série d’évaluations par des chercheurs de la DPE. Un marquage au sol pour créer des jeux pour enfants devrait prendre place autour du dispositif dès l’automne 2019.
Au-delà du projet Aéro-Seine, un ensemble de prototypes sont mis en œuvre pour rafraichir la capitale, comme « l’arbre à pluie » testé en juillet dernier dans le square Schwartzenberg au milieu des jeux pour enfants. Le prototype est imaginé pour libérer quelques gouttes de pluies à travers ses feuilles et s’active à l’entente d’un cri. Ce projet s’inscrit dans une dynamique d’adaptation des villes à la chaleur, comme nous en parlions dans « Trop frais ta ville » #1 ou au sujet de la végétalisation des cours d’école.

Crédit illustration : Pierre L'excellent / Pavillon de l'Arsenal