La ville sous la ville : comment les aménagements souterrains gagnent du terrain

Les dernières décennies ont vu l’Homme s’élever toujours plus haut dans le ciel, avec des constructions aujourd’hui ancrées dans le paysage urbain, à l’exemple des gratte-ciels et autres buildings dont les toits sont à peine visibles entre les nuages.

Alors que 60% de la population mondiale vivra en ville d’ici trente ans, et que le manque de place est déjà un enjeu pour les villes, le moment est peut-être venu pour les constructeurs de se tourner vers un terrain encore peu exploité : le sous-sol. Souvent utilisés comme lieux de passage ou de services, mais moins commun à l’habitation. Pourtant, l’habitat souterrain est depuis longtemps passé du simple imaginaire à la réalité, notamment en Chine, où plus d’1 million d’habitants sont contraints de vivre dans des bunkers souterrains, historiquement conçus pour d’éventuelles catastrophes nucléaires.
La vie(lle) sous terraine se réinvente et séduit les architectes et porteurs de projets d’aménagements urbains.

Vingt mille lieues sous les terres

En 1960, Montréal construisait déjà sa jumelle souterraine, dans laquelle se déployaient hôtels, boutiques et galeries d’art. Aujourd’hui bien ancrée dans la ville, la Montreal Underground City est devenue un véritable attrait touristique. Si l’espace souterrain est une ressource au potentiel notoire, certains estiment qu’il constituerait l’une des solutions alternatives à l’extension des villes, face aux enjeux climatiques et sociaux.

Les acteurs de la Ville de Paris ont fait le pari de cette tendance avec la seconde édition de l’appel à projet « Réinventer Paris 2 – les dessous de Paris », visant à mettre en valeur l’attractivité des sous-sols parisiens.
 

Lancé en 2017, l’appel à projet a désigné 22 lauréats, avec des propositions comme le projet « Une galerie média », dans le 1er arrondissement de la capitale. Piloté par Fontès Architecture, cette galerie interactive souterraine de 40 mètres de longueur va bientôt redécorer les murs de la station de métro Palais Royal - Musée du Louvre. Côté rive gauche, un restaurant souterrain a aussi été retenu. Le projet « Terminus » porté par Novaxia et SAME Architectes vise à métamorphoser l’ancienne station de métro Croix-Monge (6e) en y construisant un restaurant-bar à cocktails et une halle de vente de produits de circuit court.

Des gratte-terres à l’horizon

Si la capitale réfléchit à creuser de nouveaux aménagements, des villes européennes comme Helsinki sont bien en avance sur le sujet. En 1920, la ville utilisait déjà son espace souterrain. Plus récemment, un premier Plan d’aménagement souterrain,  réalisé en 2011, la capitale finlandaise a lancé un nouvel aménagement qui a notamment entrainé la mise en place d’espaces publics dédiés aux loisirs et à l’administration.

Le Mexique aussi participe au développement de cette utopie d’un habitat sous-terrain. Les architectes de l’agence Arquitectura BNKR ont ainsi imaginé le projet « Earthscraper », une véritable ville souterraine dans un gratte-ciel inversé de 65 étages comprenant un musée culturel, des appartements et des entreprises. Ce projet faramineux, resté à l’état d’idée pour l’heure, serait enfoui sous le centre historique de Mexico.

Hormis les enjeux techniques et économiques que constituent ces constructions d’envergures, les porteurs de ces projets doivent prendre en compte les potentielles difficultés qu’auront les habitants à s’adapter à la vie dans ces aménagements souterrains. Le fait de passer du temps ou de vivre pleinement dans ce milieu atypique nécessite un temps d’acclimatation. Si la densification urbaine et le besoin de logements dans les grandes villes fait monter la crispation, l’avenir des villes se fera peut-être en partie sous nos pieds.