Les villes éponges aux sources de la résilience

Si le principe de résilience concerne, à l’origine, la capacité d’une personne à s’adapter aux difficultés, l’émergence de nouveaux enjeux climatiques, environnementaux ou sociaux ont étendu cette notion aux villes. Thème aujourd’hui récurrent pour tout ce qui concerne la ville de demain, la notion de ville résiliente est relativement large et porte sur la capacité des villes à anticiper des chocs, perturbations ou catastrophes, y résister voire rebondir pour s’améliorer. 
  
Alors que des catastrophes récentes nous confrontent à la vulnérabilité de nos environnements (les incendies en Australie ou bien les récentes inondations qui ont touché le sud de la France), la résilience des villes est un sujet au cœur de l’actualité. De nouvelles façon d’imaginer la ville se développent ainsi, notamment le principe de ville-éponge, un modèle qui tire profit des eaux de pluies qui impactent les villes du monde entier.  

La Chine, maîtresse des eaux

Inspiré des modèles hollandais et imaginé pour la première fois par l’architecte Peter Cook en 1970, le concept de ville-éponge a connu un essor récent en Chine, qui semble à ce jour être l’un des pays les plus avancés dans ses projets de ville-éponge, passant de l’utopie à la réalité dès 2014.

L’objectif des villes-éponges (ou « sponge cities » en anglais) est de rendre la ville plus perméable (ou autonettoyante) et ainsi améliorer la résilience des villes face aux pluies massives. Il s’agit donc de laisser la ville absorber l’eau, plutôt que de transporter celle-ci comme on le fait, traditionnellement, directement vers les réseaux d’assainissement de nos villes. Une ville devient « éponge » grâce à l’installation d’espaces naturels et d’éléments perméables, qui vont pouvoir capter et absorber les eaux de pluie, réduisant ainsi les risques d’inondation et transformant l’eau en véritable ressource. Celle-ci pourra être réutilisée parfois directement (pour l’arrosage, ou dans les habitations) ou contribuera à refroidir naturellement la ville.  
 

Le gouvernement a lancé le programme national « Sponge City », et a choisi la ville de Wuhan comme ville test, un territoire notamment connu pour ses trentaines de lacs et ses fortes inondations causées par la pluie. Les autorités locales  ont rendu cette ville plus perméable, en collaborant avec le spécialiste en conception et conseil environnemental naturel Arcadis, pour  y installer des zones humides artificielles, des jardins pluviaux et des trottoirs perméables.
Pour donner suite à la « spongification » de Wuhan, la Chine a appliqué ce modèle à d’autres de ses grandes villes. Dans la municipalité de Shanghaï, aussi propice à la montée des eaux, le modèle est testé dans le quartier de Lingang.

Vers un monde éponge ?  

Si Rotterdam peut aussi être considérée comme une ville-éponge, c’est pour son adaptation optimale aux aléas climatiques. La ville sert en effet de modèle pour inspirer de nombreuses villes en Europe et à l’international. Sachant que 80% des quartiers de la cité hollandaise sont situés sous le niveau de la mer, Rotterdam a dû s’adapter aux éventuels risques liés à une telle exposition, facilement aggravée par le réchauffement climatique.

Dans le cadre de la rénovation de la place de Benthemplein, la ville met en place en 2013, le Water Square Benthemplein. En plus d’être conçue pour être inondable, cette place absorbe l’eau de pluie pendant 48h avant de relâcher celle-ci vers les égouts ou en la récupérant pour irriguer les végétaux.  Cette place permet d’améliorer la qualité de l’espace public, tout en luttant contre les possibles inondations du quartier.

Pour revitaliser la gare de triage ferroviaire du port de Rotterdam, les urbanistes locaux ont proposé d’y implanter  un parc construit sur un centre commercial, aussi connu pour être le plus grand toit vert d’Europe. Ailleurs dans le monde, d’autres villes ont été séduites par les méthodes spongieuses Au Kenya, la ville de Kitui a déjà adopté ce modèle et le projet d’installation d’un système spongieux est en cours dans le comté de Kajiado. D’autres possibilités sont explorées, comme en Jamaïque et d’autres pays.
 
Puisque les inondations tendent à devenir plus récurrentes, le modèle de villes-éponges pourrait devenir la norme, au point de parler de spongification, terme attribué aux villes toujours plus nombreuses à adopter cette solution face à la surabondance des eaux. En Europe, au-delà des Pays-Bas, le concept séduit d’autres villes comme Berlin et Copenhague, qui collaborent ensemble sur des projets de ville-éponge.

Crédits photos illustration :  Wuchernchau CC BY 2.0