La voiture volante prend son envol

Fantasme de mobilité depuis l’essor de l’automobile, la voiture volante a nourri son lot d’imaginaires et de tentatives, sans jamais se concrétiser … jusqu’à présent. Alors que l’on parle de plus en plus de l’arrivée des voitures autonomes, celles-ci pourraient en fait prendre leur envol dans les airs. A l’occasion du 53e Salon du Bourget, de nouveaux projets ont été présentés pour dévoiler les avancées en matière de mobilité aérienne urbaine.

La circulation aérienne, plus aisée du fait d’un nombre moindre d’obstacles, et moins dense que la mobilité terrestre, offre en effet un espace d’expérimentation peut-être plus propice à de nouvelles formes de mobilité. Si la perspective d’un trafic aérien totalement électrique semble encore lointaine, il existe malgré tout certaines possibilités à plus court-terme sur des modèles d’aéronefs plus petits, sur des distances réduites. Si l’on parlait déjà de VTOL (vertical take-off and landing aircraft), ou ADAV (aéronef à décollage et atterrissage verticaux) en français, il faudrait à présent plutôt parler de eVTOL (ou ADAV électrique), pour des aéronefs électriques à décollage et atterissage verticaux.

La prochaine étape serait alors celle de véhicules également autonomes, en parallèle des expérimentations sur nos routes traditionnelles. Même si les premiers essais de ces eVTOL impliqueront des pilotes, l'objectif est clairement celui d'une automatisation du pilotage, en plus de son électrification.
De quoi alimenter l’innovation sur des projets de taxis volants, qui mobilisent les acteurs traditionnels du secteur aéronautique (Airbus, Boeing, Bell, …) mais aussi de nouveaux entrants. 

Du côté des nouveaux acteurs du secteur, on retrouve Uber qui développe un service, Uber Air, de taxis volants. Sur ce projet, Uber a par ailleurs travaillé avec le groupe Safran pour le design de ses cabines. Spécialiste des équipements aéronautiques et des intérieurs d’aéronefs, Safran a travaillé en étroite collaboration avec les équipes de Uber pour produire rapidement six maquettes en taille réelle pour imaginer la cabine idéale – mêlant sécurité, confort, tout en tenant compte des contraintes de poids et de coût. Dallas, Los Angeles et Melbourne, en Australie, sont les 3 villes retenues pour les premiers tests grandeur nature dans les prochains mois. Le pari de Uber : transformer des voyages d’une durée d’une heure et demie, en voiture, en vol de 15 minutes. Pour une mise en service imaginée en 2023, les essais dans le courant de l’année 2020 seront à suivre de près.
 

Safran s’est également associé au groupe Bell, qui travaille lui aussi sur un projet de taxi volant, pour développer une motorisation hybride au service de ce projet de VTOL appelé Nexus.
 
En France, l’horizon s’éclaircit pour le déploiement de taxis volants dans le ciel de nos villes – ou plutôt de nos zones périurbaines.
Ainsi, le 53e du salon du Bourget a été l’occasion de l’annonce d’un partenariat entre la RATP, Airbus et ADP, avec pour objectif une première démonstration publique lors des JO, en 2024. D’ici là, les trois acteurs imaginent des essais dès 2021 après avoir déterminé l’emplacement du premier « vertiport » parmi une dizaine d’aérodromes franciliens. Avec une dizaine de millions d’euros investis, le vertiport devrait ressembler à une plateforme mobile de 20 mètres de diamètre, capable d’accueillir les passagers mais aussi déplacer le véhicule vers la zone de maintenance.
 

La première ligne pourrait relier l’aéroport Roissy Charles de Gaulle à Disneyland Paris, alors qu’une seconde viendrait desservir le futur centre olympique, à Saint-Denis, toujours depuis l’aéroport de Roissy. Si le projet doit encore faire l’objet d’une étude de faisabilité, il relève tant d’un défi technologique que réglementaire, et doit aussi être accepté par les riverains et les usagers finaux.

Le chemin est encore long avant l’ouverture de véritables services de taxis volants, mais l’effervescence autour de différents projets présage de prochains développements concrets. Reste à voir sous quelle forme cette nouvelle mobilité pourra s’exprimer : hybride ou totalement électrique, en ville (dense) ou cantonnée au périurbain, notamment dans la liaison aéroportuaire ? Une chose est sûre, le rêve de la voiture volante n’a pas fini de nous faire voyager.

Photo de couverture : Nexus Bell (crédits Bell/Safran)