Audrey Linkenheld et Caroline Lucats - "C'est à nous de prendre l'initiative même si nous n'avons pas la main sur tout"

Candidate finaliste au titre de capitale verte européenne 2021, la Ville de Lille a engagé une large réflexion et des réalisations concrètes pour s’engager vers la voie d’une ville durable et responsable.
Audrey Linkenheld, conseillère municipale déléguée à la mixité et l’innovation sociale, a notamment porté cette candidature et organisé le travail avec les partenaires mobilisés, avec l’appui de Caroline Lucats, Directrice de l’Habitat et des Risques.
 

Comment s’est mise en place la démarche de candidature « Lille capitale verte » ?

Nous avons décidé à l’automne 2017 de nous lancer dans la candidature au prix de capitale verte européenne. Dès le départ, nous avons voulu que cette aventure soit partenariale.

C’est dans ce cadre que nous avons mobilisé ce fameux club des 10 000 pour aller un peu plus loin. Nous étions alors sur une entrée très habitat, autour du logement, avec des questions d’efficacité énergétique et espaces verts, mais globalement concernant la ville durable cela n’allait pas forcément plus loin. Nous nous sommes dit qu’on avait là des acteurs que l’on pouvait embarquer sur d’autres sujets : la biodiversité, l’économie circulaire, et tout ce qui contribue à la ville durable et responsable.
Ce club existe puis 2008. En effet, nous avions, dans le programme municipal de 2008, pris des engagements assez forts pour doubler la production de logements, tant privés que sociaux.

En début de mandat, nous nous sommes dit que pour atteindre cet objectif, nous avions besoin de mettre autour de la table les acteurs du logement, c’est-à-dire les promoteurs privés, aménageurs et bailleurs sociaux, pour partager avec eux l’objectif politique et les outils dont nous avions l’intention de nous doter pour l’atteindre. C’est ainsi que nous avons créé à l’époque le « club des 12 000 » (en référence au nombre de logements que l’on voulait construire en 6 ans), désormais club des 10 000.

En plus de ce travail sur le logement, comment s’est traduit le travail dans le cadre de votre candidature ?

Le prix de capitale verte européenne est un prix européen qui existe depuis une dizaine d’années, auquel concourent les villes de plus de 100 000 habitants. C’est d’abord un prix honorifique. Il y a 12 critères pour être qualifié, qui sont plutôt des critères liés aux thèmes de la ville durable : l’énergie, la mobilité, la qualité de l’air, la gestion des déchets, la biodiversité, etc.

Nous avons choisi d’embarquer avec nous tous ceux qui pouvaient être concernés : des institutions publiques, le monde de la société civile et le monde du business avec des représentants du monde économique, dans lesquels on va également retrouver nos aménageurs, promoteurs et bailleurs. Nous voulions nous éloigner de la posture de démonstrateur ponctuel, pour aller vers quelque chose de plus structurant dans la façon dont on fabrique la ville.

L’aventure, du point de vue de ce prix, s’est arrêtée le 20 juin 2019, sachant qu’on candidatait pour être capitale en 2021 (la ville finlandaise de Lahti a remporté le prix). Elle continue aujourd’hui, car nous avons toujours dit que les engagements pris dans cette candidature étaient des engagements vis-à-vis de nous-mêmes. Le comité des partenaires s’est réuni après le jury du mois de juin, et nous allons bientôt le réunir à nouveau pour continuer le travail avec eux.

Quel sens donnez-vous à la responsabilité, sans la limiter à l’aspect environnemental, pour la ville de Lille ?

Notre slogan était « taking care together ». C’est plutôt de cette manière qu’on traduirait cette vision, prendre soin de chacun, tous ensemble, ce qui rejoint la responsabilité, en un sens.
La notion de responsabilité n’a pas forcément été mise en avant en tant que telle, mais elle est à la racine même de ce que nous essayons de faire à travers les politiques publiques, mais aussi à travers cette candidature, qui était assez large.

Chacun a sa part, la Ville est le pilote ou le leader, et elle prend sa responsabilité : elle va sur des sujets sur lesquels elle sait qu’elle n’a pas la compétence première, mais elle se sent la responsabilité de mettre autour de la table tous ceux qui peuvent agir.
C’est la raison pour laquelle, dans la continuité de cette candidature, nous avons proposé devant le jury une Charte d’engagement qui engagerait la Ville sur ses compétences propres, mais aussi les habitants, le monde de l’entreprise, etc., sur chacun des 12 critères. Sur chacun de ces thèmes, l’idée est que nous puissions prendre des engagements qui correspondent à la capacité d’action de chacun.

C’est notre manière d’exercer notre responsabilité : on n’a pas forcément de carotte ou de bâton pour faire agir les autres, mais c’est à nous de prendre l’initiative même si nous n’avons pas la main sur tout.

L’autre exemple, qui est aussi dans la continuité de cette candidature, c’est lorsque nous avons été interpelés par des citoyens sur la qualité de l’air à Lille. En réponse à leur pétition, nous avons proposé aux Lillois de se porter volontaires pour participer à un débat citoyen, nous avons tiré au sort une cinquantaine de citoyens, qui ont d’abord été formés par des experts indépendants sur le sujet de la qualité de l’air. Ils ont ensuite travaillé entre eux, sans implication des élus ou des services municipaux, et ils ont produit un avis citoyen sur ce qu’il faudrait faire pour améliorer la qualité de l’air à Lille, au niveau des politiques publiques, aux niveaux communal, intercommunal, régional voire européen. Ils ont également émis des propositions relatives à ce que les citoyens pourraient faire. C’est une façon pour chacun de prendre ses responsabilités.
Nous sommes aujourd’hui en train d’analyser cet avis, et nous ferons un retour à la mi-octobre pour dire ce que l’on compte faire, les sujets sur lesquels on peut interpeler d’autres acteurs et ce qu’on attend des Lillois eux-mêmes.

Comment concrétiser ces engagements, au-delà d’une charte ?

Dans le cadre du travail mené en collaboration avec les acteurs du Club des 10 000 (promoteurs, bailleurs, aménageurs), Nous ne souhaitons pas d’ aboutir seulement à une charte qui ne serait que volontariste, sans valeur juridique. Nous avons toujours essayé, en matière d’aménagement, d’habitat et d’urbanisme, de nous servir des outils existants, comme le PLU. Cela donne un outil lisible pour tous, et ainsi les choses sont claires. En effet, on ne peut pas déroger à un outil réglementaire, qui garantit que la règle est la même pour tous.
Les chartes d’engagement ont du sens, quand la ville est hors de ses compétences et n’a pas à sa disposition d’outil propre pour faire, et là c’est un engagement au sens premier : chacun s’engage à son niveau, à sa manière, et ce ne sont pas forcément des engagements réciproques : ils sont pris collectivement, mais chacun les prend individuellement.

Quand on est dans notre champ de compétences, on prend nos responsabilités et chacun doit prendre les siennes dans quelque chose qui est, là, réciproque. Au début du club des 12 000, nous avions nos objectifs politiques, avec des outils parfois inscrits dans le PLU, mais aussi des outils incitatifs avec des subventions municipales à la clé, qui s’ajoutaient aux autres subventions.
L’idée est bien de favoriser le passage à l’acte, et ce n’est pas la partie la plus facile.

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