Jean-Christophe Elineau - "L’open data, ce n’est pas que pour les villes !"

Les territoires ruraux peuvent aussi être pionniers en matière d’open data : tel est le cas de Brocas, commune de 800 habitants investie sur le terrain de l’ouverture des données dès 2011, par l’action de Jean-Christophe Elineau.

Comment avez-vous procédé à l’ouverture de vos données ?

C’est un processus en plusieurs étapes : en France, l’open data était à ses débuts en 2011 quand nous avons commencé, nous étions tous dans les mêmes difficultés. Nous avons commencé par rapidement mettre des données à disposition sous format PDF, mais le résultat n’était pas satisfaisant car par défaut le format PDF n’est pas un format de fichier ouvert. En 2013, une opération libre a été organisée avec l’aide de 8 associations (LiberTIC, Framasoft, Libre Office, Wikimédia, Libre Citoyen, Open Street Map, Creative Commons, Open Knowledge Association).

Ce hackathon géant, qui a impliqué la participation d’une trentaine d’habitants (restitution des travaux à 10 % de la population soit 80 personnes), a été le véritable moteur d’une réelle démarche open data. Grâce à cette étape, nous disposons aujourd’hui de près de trente jeux de données pour une centaine de fichiers. La plateforme en est à sa troisième version, nous avons des choses plus performantes, avec un rendu plus précis en format CSV ou XML pour nos données en ligne. Ça fait 7 ans que ça dure, et en 7 ans, on apprend beaucoup.

Quels freins avez-vous rencontrés lors du déploiement de votre projet d’open data ?

Nous manquions de connaissances sur le sujet : nous ne savions pas faire, et nous avons donc dû apprendre. Nous avions également des interrogations autour de la démarche et de ce qu’était réellement l’open data, il a fallu faire de la pédagogie auprès des élus et de la population. Une fois cette question réglée, il a aussi fallu se doter des bons outils techniques. Certains sont plus user friendly que d’autres, comme les outils d’Open Data Soft.

Quelles données avez-vous mises à disposition du public ?

Pour amener les utilisateurs à s’intéresser à la démarche, il est intéressant de publier des données liées aux différents centres d’intérêt concernant le territoire : nous avons des données liées aux forêts car la commune dispose d’un fort patrimoine forestier, mais aussi des données liées au tourisme, à l’eau... Une autre notion est tout aussi importante : celle de patrimoine numérique. Dans nos petits villages, on a une histoire, des témoignages, des photos, des affiches, il faut les numériser. Sur notre plateforme, on retrouve ainsi des photos, vidéos, et nous travaillons actuellement à essayer de mettre en place un algorithme de prédictivité de l’évolution du village mais la tâche est compliquée.

Avez-vous observé une utilisation de vos données par des tiers ?

On a des retours par la commune, avec des questions sur des lignes d’investissement, des parcelles de la commune... On sait que la démarche prend quand on voit quelqu’un arriver à la mairie avec des données prises sur la plateforme.

Quel conseil donneriez-vous aux communes qui voudraient se lancer dans cette démarche ?

Il faut que nous partagions nos bonnes pratiques. Rester seul dans son coin, c’est le meilleur moyen de ne pas avancer. D’autres petites collectivités font sûrement des choses très intéressantes de leur côté. Il faut donc que nous échangions sur nos pratiques, mutualisions nos ressources. Cela sera d’autant plus facile d’avancer ensemble.